Le sens de la juste cause

ZAD0K-COUV-copie-699x1024La véritable politique est une question de courage, d’entêtement, d’intime conviction.

Savoir tenir un point – par exemple un pays de bocage destiné à la construction d’un aéroport de plus – est une vertu.

Dans l’effondrement général, mondial, de la forme habituelle de la représentativité politique (le piège des élections, voyez l’abdication récente du parti grec Syriza face à l’intimidation des créanciers), des tentatives de réappropriation de gestes hautement politiques s’inventent aujourd’hui à partir de territoires soustraits à la logique de la dévastation marchande.

On réactive çà et là, modestement, ambitieusement, l’idée de la Commune de Paris, et c’est enthousiasmant.

Il se pourrait que le monde soit en train de basculer (ou ait déjà) définitivement dans le ravage – la déchetterie comme horizon indépassable de notre temps. Cependant, se rencontrer, lutter, penser ensemble, échouer ensemble, recommencer, mieux, réinventer, chercher dans un collectif les plans de fraternité, entrer de plain-pied dans des poétiques de relation portées par une langue pleinement vivante ne me semble pas vain.

Nous avons faim de justice, de fêtes et de solidarités concrètes.

La société moderne, néolibérale, est devenue une fabrique de cadavres. Le calcul permanent est sa loi, elle ne supporte pas qu’on lui échappe.

Pourtant, comme l’affirme Antonin Artaud, si la société se croit seule, il y a quelqu’un, et même quelques-uns, tout un peuple peut-être.

A Notre-Dame-des-Landes, des fermiers, des militants associatifs, des femmes et hommes de paix ayant le sens de la juste cause, se sont réunis et ont décidé de ne pas se soumettre. Une terre est devenue le symbole de leur belle intransigeance. L’Etat ordonne des expulsions, des compagnies de CRS se préparent, des tactiques de répression sont élaborées (César comme nom de code inepte), mais on n’a pas compris qu’il était trop tard, et que l’acharnement à déloger qui se sent légitime ne ferait que renforcer sa détermination.

Il y eut Tous au Larzac, il se pourrait bien que désormais ce soit Tous à Notre-Dame. Plus de deux cents comités ont vu le jour un peu partout en France, qu’en sera-t-il demain s’il était décidé de ne pas abandonner un projet présenté par la propagande comme d’utilité publique ?

Ne reculant devant aucune bravade, la région Pays-de-La-Loire diffuse aujourd’hui (février 2016) ce message – quotidiens du groupe Ouest France – dans un « soutien » hypothétique aux « riverains de Notre-Dame-des-Landes » : « Exigeons l’évacuation de la ZAD. »

Un livre publié à 4000 exemplaires début janvier par les éditions de l’Eclat, Défendre la ZAD, par le collectif Mauvaise troupe – constitué à l’occasion de l’excellent Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle paru en 2014 chez le même éditeur – a presque immédiatement était épuisé, tant le désir de comprendre et de prendre part est grand.

Pourquoi s’obstiner à ne voir dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qu’un ramassis d’ennemis de la République (l’état d’urgence a permis quelques tracasseries supplémentaires) quand ces mêmes vilain(e)s portent au contraire au plus haut la noblesse de valeurs qui les distinguent de toute plèbe, qu’elle soit d’en haut ou d’en bas (la formule est de Nietzsche) ?

Mais reprenons un peu la chronologie des événements :

– Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes naît au début des années 1960. La ZAD, Zone d’Aménagement Différée de 1650 ha, est décrétée en 1974.

– En 2000, le projet est relancé, puis déclaré d’utilité publique en 2008.

– Des cabanes sont construites, des squats s’ouvrent, des militant(e)s viennent en nombre s’installer dans la zad, et « élaborent les bases d’un avenir commun et du maintien d’une zone libre. »

– En octobre/novembre 2012, l’opération policière César (déloger les zadistes) est un échec.  Des lieux comme les Rosiers, la Chat-teigne, la forêt de Rohanne, la ferme de Bellevue, la grange de la Vacherit deviennent des symboles de victoire.

– En 2014 les aménageurs reprennent du poil de la bête. Plus de 50 000 personnes manifestent à Nantes.

– Le 25 octobre 2014, Rémi Fraisse est tué dans la ZAD du Testel dans le Tarn.

– 19 octobre 2015, l’écrivain Erri de Luca, accusé d’avoir appelé à saboter le chantier ferroviaire Lyon-Turin, afin de défendre le Val de Suse, est relaxé.

– 25 janvier 2016, la Justice ordonne l’expulsion des habitants de la ZAD. Les tractopelles de Vinci se préparent.

Mais, plus qu’un combat contre l’installation d’un aéroport, Notre-Dame-des-Landes est désormais devenu le symbole de la lutte pour inventer un autre avenir, un autre rapport à l’autre, à la terre, à la parole, à la consommation, à la solidarité – des réfugiés de Calais viennent parfois y trouver un repos nécessaire.

Les anciens de Plogoff (guérilla acharnée contre l’implantation d’une centrale nucléaire à la pointe de la Bretagne) se souviennent, leur expérience est précieuse, elle gonfle d’espoir.

Et voici ce qu’écrit la fraternité, contagieuse : « Nous appelons à ce que l’esprit de la zad continue à se diffuser, empruntant chaque fois des voies singulières, mais avec le désir d’ouvrir partout des brèches. Des brèches face à la frénésie sécuritaire, face au désastre écologique, face à la fermeture des frontières, à la surveillance généralisée, à la marchandisation de tout ce qui existe. »

Collectif Mauvais troupe, Défendre la ZAD, éditions de l’Eclat, 2016, 50 pages – livre actuellement en réimpression d’urgence.

Carte de la Zone à Défendre de Notre-Dame-des-Landes, format 96 x 67 cm [16 x 33,5 cm pliée], impression quadri 80 gr, éditions à la criée, 1 euro

Sites à fréquenter sans tarder :

https://zad.nadir.org : le site du mouvement d’occupation

https://acipa-ndl.fr/

https://naturalistesenlutte.wordpresse.com/

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La Mauvaise Troupe

Carte poétique, politique, sensible et sensuelle de la ZAD par les éditions à la criée (Rezé) disponible sur :

http://www.alacriee.org/actualites/
ou simplement www.alacriee.org

Retrouvez-moi aussi sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

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