I love you, vache

La tuerie perpétrée chaque jour dans les abattoirs de la modernité sur des millions d’animaux un peu partout sur la planète, la maltraitance et la souffrance insupportable qu’elle engendre, est l’un des impensés majeurs de notre temps.

Par paresse, habitude, faiblesse, manque de conscience (le sommeil rémunérateur des honnêtes gens), nous nous accommodons généralement de cet inconfort, en préférant garder les yeux clos plutôt que le cœur ouvert.

Dans un dialogue avec l’historienne de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco, De quoi demain… (Galilée, 2001), le philosophe Jacques Derrida (chapitre « Violence contre les animaux ») déclare : « Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore plus longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de nécessité « ontologique » et du devoir « éthique ». »

Contre Descartes – l’animal comme machine – il importe aujourd’hui de penser que les bêtes sont des personnes, et que les violenter, exercer notre pouvoir de nuisance contre les plus vulnérables, c’est attenter à la dignité humaine tout entière. Faut-il voir dans le massacre des animaux un génocide ? Jacques Derrida ne rejette pas cette hypothèse.

Combien de femmes dans les abattoirs ? Il semblerait que le « carno-phallogocentrisme » soit à déconstruire de façon urgente.

Nouvel exemple de vilenie, ladite Ferme des mille vaches – une usine à lait/viande où le béton sous les sabots a remplacé la terre, un « stalag » – située en Picardie, aberration écologique et éthique pensée par « les Vanderdendur de l’agrobusiness », où  survivent « 1000 vaches, 750 génisses arrachées aux prairies, privées de la compagnie des piafs, menottées, entravées, incarcérées sous l’infernale tôle d’un hangar sans fin, la tête coincée entre des barreaux d’acier. »

Ecrit avec une ironie toute voltairienne, à la fois rageuse et désespérée, La cause des vaches (23 chapitres comme autant de chants douloureux et combattifs), du pamphlétaire et poète Christian Laborde, ami des ours, de Claude Nougaro et de tout être pleinement vivant (en langue, musique, corps, cri, regard, poings), est un livre nécessaire, tant que durera l’ignominie de la destruction des bêtes du monde : « Cette idéologie arrogante et funeste, qui mène à la destruction des paysages, à l’esclavage des bêtes et au ratatinement de l’homme, n’est pas la mienne. Je la combats. »

Prophétie : « Les jacqueries naissent dans les communes. Ils  ne savent pas ce qui les attend. Ils n’imaginent pas l’importance de notre stock de fourches. Et s’agissant des incendies, ils ne mesurent pas l’étendue de notre savoir-faire. »

La dialectique est parfois un peu rude (eux/nous ; les paysans/les exploitants agricoles ; avant/après), mais la charge porte, nécessitant l’arme lourde.

L’association L214 – nom donné en référence à l’article du code rural stipulant que l’animal étant un être sensible doit être traité comme tel – a récemment montré, vidéos à l’appui, l’horreur vécue par les animaux dans les abattoirs de notre beau pays, à Alès ou ailleurs : « des chevaux mal étourdis reprenant conscience dans un tonneau rotatif avec vue imprenable sur la salle où leurs frères sont découpés ; des bovins mal assommés égorgés à même le sol ou, en l’air, suspendus par une patte… »

Pour qui a vu le prêtre de son village bénir les vaches à la ferme, de telles scènes sont inconcevables, scandaleuses.

Sait-on suffisamment la curiosité des vaches, leur gaieté à l’arrivée du printemps, leur caractère éminemment paisible, leur regard enfantin, leurs bouses sacrées (les managers les appellent aujourd’hui « effluents d’élevage ») ?

Nous manquons de morale franciscaine, nous manquons de larmes, nous sommes des matons qui nous ignorons.

Sabotages, disaient nos grands-pères.

Terminons par l’exergue, ce n’est qu’un début : « Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. » (Louise Michel)

Christian Laborde, La cause des vaches, éditions du Rocher, 2016, 144p

Site de Christian Laborde

Vous pouvez me retrouver sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

Association du pays de l’ours

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Association L214

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