La liberté, torses nus et mains propres

Exilée à Paris, Maram al-Masri est une poétesse syrienne, dont les mots, écrits en français ou arabe, les images, simples et justes, bouleversent.

« Cercueils, cercueils / cadeaux onéreux / pour le mariage de la liberté. »

Auteure notamment de Cerise rouge sur un carrelage blanc (2003), Je te menace d’une colombe blanche (2008) et Par la fontaine de ma bouche (2011), traduite dans de nombreuses langues, sa voix féminine est reconnue comme l’une des plus précieuses du Moyen-Orient.

« Dans une petite camionnette Suzuki / il a allongé sa femme morte, / bien arrangé ses vêtements / comme si elle dormait.

Posé sur la banquette, plus haut, / le sac de pain / qu’elle était allée chercher / pour que les enfants mangent ce jour-là / et pour que sa mort / serve à quelque chose. »

Poèmes écrits à partir d’images vues chaque jour sur Facebook ou YouTube, Elle va nue, la liberté dit en quelques vers que l’émotion étreint l’insupportable d’un quotidien où la mort étend chaque jour davantage son empire.

« J’veux pas / de chimique. / Je suis allergique

A dit une fille de quatre ans / en se grattant la peau. »

Un peuple s’est levé contre la dictature, incroyablement courageux, que la poétesse célèbre en mots de peu, disant l’horreur comme on chante bas parfois à l’enterrement d’un proche, rappelant en préface cette vérité : « Mon peuple n’est pas engagé dans une guerre civile, mais dans une révolution démocratique qui finira par triompher. Cette révolution a montré non seulement l’atrocité dont l’être humain était capable, mais aussi la beauté et la noblesse de nombreux actes. »

Comment n’oublier personne ? Se tenir debout, ensemble, vivants et morts, quels qu’ils soient ?

« Sur ses quatre pattes / elle avance / comme une tigresse blessée

Elle rampe sur la terre/ pour rattraper tes pieds / tandis qu’ils te tirent pour t’enterrer

Pourquoi lui interdisent-ils / de te voler / à la tombe ? »

Elle va nue, la liberté – recueil de 45 poèmes – s’achève sur les mots d’un frère de sang, Monzer Masri, poète lui aussi, mais resté en Syrie : « – Je vis dans la mort / Je ne fais rien d’autre que de vivre comme un témoin, / mais j’ai décidé de ne pas être un faux témoin. »

Maram al-Masri, Elle va nue, la liberté, édition bilingue arabe/français, Bruno Doucey, 128p

Editions Bruno Doucey

Retrouvez-moi aussi sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

« Elle va nue, la liberté, / sur les montagnes de Syrie / dans les camps de réfugiés. / Ses pieds s’enfoncent dans la boue / et ses mains gercent de froid et de souffrance.

Elle passe avec / ses enfants accrochés à ses bras. / Ils tombent sur son chemin. / Elle pleure / mais elle avance.

On brise ses pieds / mais elle avance. / On coupe sa gorge / mais elle continue à chanter. »

(portrait en une de Maram al-Masri par Marc Linnhoff)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s