La littérature selon Olivier Perrelet, ou la souriante issue des immondes matières de la vie du jour

Olivier Perrelet est un écrivain magnifique, reconnu puis oublié, aujourd’hui enfermé dans un hôpital psychiatrique suisse.

Lorsque l’on a écrit à 23 ans Les petites filles criminelles (Mercure de France, 1967), puis, parmi beaucoup d’autres titres, Le dieu mouvant (Mercure de France, 1970) et Si la beauté n’était la mort (L’Âge d’homme, 1990), il n’est pas possible de disparaître du monde des lettres.

Amoureux fou de la beauté vécue comme un abîme, croyant à la façon des romantiques allemands en l’absolu littéraire, les textes d’Olivier Perrelet (romans, poèmes, pièces de théâtre, essais) procèdent d’une sauvage innocence rare dans l’océan de corruption qu’est notre monde.

Ami d’André Pieyre de Mandiargues – qui voit en lui « un Shelley un peu cruel » – et de Georges Lambrichs, Olivier Perrelet appartient à la famille des Klossowski, Bourgeade, Bellmer/Zürn, P.A. Gette, ou C.L. Combet.

Gérard de Nerval ou Pierre Jean Jouve ont construit sa sensibilité, tout comme la lecture du Journal d’un séducteur, de Kierkegaard – donjuanisme et solitude.

Lorsque l’on sait qui est l’homme, lire son dernier recueil, Le poète en prison, est une expérience déchirante.

Certes, la puissance de vision est moindre que lors de la pleine santé – comment ne pas être assommé/abruti par l’infernal contexte ? – mais la qualité du regard, l’expression de l’enfermement et d’une mise au ban définitive de la société des supposés vivants, restent impressionnantes.

L’érotisme fiévreux, les rêveries sadiennes, les enluminures précieuses de la grande jeunesse ont laissé place à la colère, à la hargne, à la frustration sexuelle.

Obligé de se sevrer de lui-même, Olivier Perrelet ne vit plus.

Que faire entre ses quatre murs des crises de désir, de la volupté interdite de la toison des filles du feu à lécher, d’un besoin d’alcool et de rédemption sans commune mesure avec celui des asservis volontaires ?

Balthus est devenu Bacon, les barreaux ont remplacé les voiles.

Préface : « La prison est un lieu nul. Le paysage décrit d’une unique fenêtre est entouré de féroces barbelés enchâssés de barreaux brunâtres ; c’est un avant-goût de la mort, du froid de la tombe, des planches pourries : on est saoul d’eau et nourri d’un insipide brouet trois fois par jour. Le silence est relatif car les gardiens sont souvent bruyants t criards ; les prisonniers aussi. »

La folie contamine, on pense à Antonin Artaud, aux stylets de fer sous les veines, à la rage impuissante : « Hourrah ! / Je suis chez les fous / Les dingues crient hurlent glapissent / Sur tous les tons hourrah ! / Vive la vie et la folie / Les cinglés en tous genres / Petits et grands tordus glapissant / Se pissent dessus et chient aussi toqués / Baveux bavacheux enculés tous genres / La vie est belle vue par derrière surtout / Par tous les trous / C’est moi qui vous le dis : Hourrah ! »

Plus loin : « Murs partout à grincer des dents / Un arbre tout seul avant le chemin boueux / Et les champs désolés jusqu’au bois touffu / Comme la chatte d’une longiforme géante ! »

Et : « Moi le réprouvé le maudit cruel / Baiseur de filles à demi-consentantes / Bon an mal an il faut y passer n’est-ce pas / Mes chéries ? / Votre corps est fait pour cela / Et non pour la musiquette mièvre érotico-sentimentale / Pas vrai ? / Certes ! »

Vous ne connaissiez pas Olivier Perrelet ? Il est temps de vous y mettre.

Olivier Perrelet, Le poète en prison, Sans lieu ni date, 32p

Pour vous procurer ce livre, contactez-moi, je ferai suivre à l’auteur.

« Mon visage sort de l’arbre / Comme s’il m’avait poussé / Hors de son cœur, son écorce, son tronc : / Tout se reflète dans la vitre / Qui me sépare des choses. // Je ne serai jamais libre / Sinon délivré de la vie. »

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                                                     Bona de Mandiargues, par Man Ray

Retrouvez-moi aussi sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Guillaume Schlaepfer dit :

    Merci pour cette rubrique et pour les nouvelles du poète érotomane qui m’avait invité chez lui, fait voir sa bibliothèque et offert l’un de ses recueils alors que je faisais ma tournée comme livreur de médicaments pour la pharmacie de Cologny. Transmettez lui mes salutations si vous en avez l’occasion, il se souviendra peut-être de moi

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