Sète est une cosa mentale, quatre regards photographiques sur une ville en état de guerre

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On peut envisager la ville de Sète, dans l’œil des photographes professionnels qui la contemplent, comme une matrice, de leurs fantasmes, de leurs étonnements, de leurs désorientations, de leurs turbulences et mondes intérieurs, une ville-question interrogeant, et déplaçant peut-être, leur propre pratique.

Depuis que l’association CéTàVOIR a décidé d’inviter chaque année un auteur-photographe de renom – Anders Petersen, Bertrand Meunier, Juliana Beasley, Juan Manuel Castro Prieto, Christopher Anderson, Cédric Gerbehaye, Richard Dumas, Bieke Depoorter – à porter son regard sur Sète (neuf volumes depuis 2008), l’inconscient photographique de cette ville ne cesse de s’enrichir.

Rompant avec la tradition de l’essai personnel, quatre photographes chiliens ont décidé de livrer et mêler en un unique livre leurs visions d’une ville apparaissant dans son grain singulier (peau, image, lumière) comme âpre, silencieuse, cruelle peut-être.

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Si l’époque est à l’atomisation/robotisation des existences particulières, elle est aussi à la réinvention du commun, à la multiplication des expériences collectives, puisqu’il faut tenter de tenir bon dans l’adversité.

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Sète par quatre fois offre autant de perspectives que d’esthétiques singulières, mais des thématiques se dégagent, transversales : une certaine aphasie (paroles rentrées), la ligne d’horizon/séparation, les habitants (autorisés autochtones) et les migrants (papiers/sans papiers), l’attente, la violence sociale, les visages (souvent cachés, dérobés, ombrés, mais pas toujours), la solitude de vies – chiennes de vies – cabossées, heurtées, blessées.

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Dans cette ville de pêche (pécheresse ?) du bassin méditerranéen, les filets sur les quais peuvent être une menace, et les mailles des nœuds coulants. On ne circule pas librement dans/parmi les nécessités économiques/existentielles.

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Quatre appareils photographiques vont à la rencontre d’une ville semblant en état de guerre – profondeurs de noirs et de gris, lignes graphiques comme des frontières infranchissables, regards d’accablement, exilés de tous bords.

Composé avec une grande finesse, entre rimes visuelles, contrastes, jeux de textures, chocs inattendus, décadrages bienvenus, éclairs de couleurs, lumières violentes ou diffuses, proximités/profondeurs, Sète #16 ne discourt pas, mais s’offre au présent du regardeur comme une pure création de temps, cosa mentale aussi réelle que d’authentique construction.

On voit sur la couverture du livre les couleurs du drapeau français, qui sont aussi celle d’un Chili ayant égaré son étoile.

Mais laissons à présent parler les artistes.

Tomas Quiroga : « Je déambule dans le labyrinthe d’une île qui n’est pas une île, d’un lac qui n’est pas un lac, pour enfin dissiper mes peurs. »

Paula Lopez : « Il faut creuser les ressemblances pour trouver les différences. »

Nicolas Wormull : « Images parfaites / à propos du temps / à la recherche / d’une mémoire. »

Cristobal Olivares : « J’ai fait un voyage. J’ai quitté Sète à bord d’un ferry avec l’intention de photographier la ville depuis l’extérieur. »

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Paula Lopez, Cristobal Olivares, Tomas Quiroga, Nicolas Wormull, Sète #16, texte de Christian Caujolle, éditions Le Bec en l’air, 2016

Site de la maison d’édition Le Bec en l’air

Retrouvez-moi aussi sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

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