L’éloge de l’attention, par Matthew B. Crawford

Pendant l’écriture de mes dernières chroniques, un ouvrage m’aura accompagné en esprit, comme un vrombissement de Honda CB360 constamment à l’oreille, Contact, Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, du biker, et néanmoins philosophe universitaire, Matthew B. Crawford (Virigine, USA).

Réflexion sur « la fragmentation de notre vie mentale », notre incapacité croissante à porter attention au plus proche comme au plus délicat, cet ouvrage de l’auteur de L’éloge du carburateur (eh oui) décrit la façon dont  nous ne parvenons plus à véritablement incarner notre existence, tant les processus d’expropriation de nous-même ont pu être multipliés par la logique de domination marchande du capitalisme omnivore.

Etre fasciné par les pauvres fétiches de notre temps (une fabrique de divertissements, une insidieuse asphyxie calculante), se sentir incapable de goûter le silence, la nuance, l’infime variation, ne plus réussir à contenir la force des sollicitations quotidiennes (harcelantes), ne presque plus jamais vivre d’expérience pleine, font partie des fléaux créés par une humanité, qui, à trop s’être crue autonome (mauvais emploi des Lumières), en vient à manquer la saveur du réel et des réalités objectives – que peuvent nous imposer par exemple la pratique d’un instrument de musique ou d’un sport, l’apprentissage sérieux d’une langue étrangère, un travail manuel aussi exigeant que structurant.

Relevant de cette « éthique de l’attention », dont Matthew B. Crawford se fait le chantre, l’activité/capacité poétique s’avère ainsi des plus précieuses en ce qu’elle est un réveil du langage, une création de monde, une façon de nous désengluer du social, une érotique opaque d’ordre résurrectionnel, une souveraineté partageable.

L’antithèse ? La télévision pour enfants, petits ou grands.

9782707186621

Matthew B. Crawford, Contact, Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, La Découverte, 2016, 350p

(image en une de Danny Lyon tirée de The Bikeriders, éditions Xavier Barral, 2014)

Retrouvez-moi aussi sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

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