Le nucléaire en Asie, entre mythes et réalités (épisode 1)

Sait-on que le Japon est sorti du nucléaire de facto depuis la catastrophe de Fukushima (11 mars 2011) et que Tokyo, ville électrique s’il en est, ne se nourrit plus d’atomes depuis plusieurs années ?

Constat : « La troisième économie du monde totalement privée d’énergie nucléaire pendant plus de trois ans sans que le ciel lui tombe sur la tête, voilà une expérience que tous les nucléocrates du monde voudraient bien cacher au public. »

Le mythe du nucléaire comme horizon indépassable de nos sociétés toujours plus gourmandes en énergie est une construction portée par les pouvoirs politiques, économiques, médiatiques (la voix de son maître) de pays (Etats-Unis, France, Japon, Russie, Corée du Sud, Chine) trop engagés dans le nucléaire, pour ne pas constater, sans l’aide actif d’une société civile mobilisée, leur propre aveuglement.

Très bien documenté, Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? du jeune chercheur/enquêteur Mathieu Gaulène est un livre se déployant sur trois axes : « Quel nucléaire civil en Asie après Fukushima ? », « L’arme nucléaire en Asie », « Le mouvement antinucléaire en Asie ».

Informer de façon éclairée sur le nucléaire reste une gageure, tant en cette affaire le mensonge, la dissimulation, voire la politique de terreur menée contre ses détracteurs (en Chine et en Inde notamment) semblent l’évidence d’une profession et de lobbys trouvant de puissants relais du côté de nombre de parlementaires marchant au pas.

Mais, comme le constate Michaël Ferrier, dont le Fukushima, récit d’un désastre (Gallimard, 2012), a fait date, la catastrophe nucléaire est un sujet bien trop sérieux pour ne pas tenter de l’explorer inlassablement.

Pourquoi l’Asie ? « Sur 64 réacteurs en construction dans le monde au moment où ce livre est écrit, 38 le sont en Asie : 21 en Chine, 6 en Inde, 2 au Japon, 3 au Pakistan, 4 en Corée du Sud, et 2 à Taiwan. Sans compter les centaines qui sont encore dans les cartons. »

La situation est paradoxale : malgré une prolifération de l’arme atomique en Asie (la politique de la Corée du Nord, « des fous de l’atome pas si fous » est ici très bien explicitée), Fukushima semble avoir aussi revigorer le mouvement antinucléaire, à Taiwan, aux Philippines, en Indonésie, en Thaïlande, en Malaisie, au Vietnam, en Mongolie – chasse gardée d’Areva (lié à ce pays par les mines d’uranium, bien plus sûres qu’au Niger), ayant eu « le projet de transformer le désert de Gobi en poubelle pour les déchets de l’industrie nucléaire d’Asie, voire du monde. »

Troisième pays le plus nucléarisé au monde – et le seul à avoir souffert par deux fois de l’utilisation de l’arme atomique – le Japon peut être considéré comme un laboratoire de catastrophes à venir, où le nucléaire aura dicté sa loi depuis 1945 : « Le désastre de Fukushima s’inscrit dans une suite d’accidents que le « village nucléaire » [appréciez l’euphémisme de la propagande mise en œuvre par les communicants] a tenté de dissimuler le plus possible. Raison de plus pour celui-ci de vouloir à toute force faire passer ce qui est arrivé le 11 mars 2011 pour un événement totalement imprévu, dû à une catastrophe naturelle hors normes. Ce qui n’est pas le cas. »

On sait désormais les mensonges et les tentatives de dissimulations de l’entreprise Tepco (combien de morts ? quel est le rôle exact des yakuzas dans l’embauche des liquidateurs, « mine d’or pour la mafia » ? que faire de l’eau contaminée au tritium ? jusqu’où le nuage radioactif est-il allé ? quelle aide apporter aux « centaines de milliers de Japonais anonymes qui ont vu leur vie détruite » ?), mais on ignore généralement à quel point les ambassades de France au Japon, en Chine ou en Inde, « machines à faire accepter », sont des forteresses quasi imprenables (les enjeux commerciaux à l’export sont importants, voire colossaux, bien que le vent paraisse désormais tourner suite à quelques déboires industriels de la filière française s’apparentant peut-être bientôt au naufrage du Titanic, l’EPR s’avérant de plus en plus une « catastrophe industrielle ») pour les nucléocrates de notre pays.

L’atome, assurance pour la vie ou pour la mort ? Choisis ton camp, camarade, mais d’abord enquête, lis, et ne te voile pas la face.

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Mathieu Gaulène, Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? Picquier Poche, 2016, 208p

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Sortir du nucléaire

Retrouvez-moi aussi sur le site de la revue indépendante Le Poulailler

(et merci à Anonymes pour les photographies)

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