Ein moderner Todtentanz, de Joseph Kaspar Sattler

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A la fin du siècle 19, le Munichois Joseph Kaspar Sattler, dessinateur, travaille en Alsace comme enseignant à l’Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg.

Pendant son séjour, il invente une fameuse Danse macabre moderne, qui, avec les Images de la guerre des paysans et Les Anabaptistes, est considéré comme une série d’œuvres graphiques majeures, « tout à la fois fantastiques et violentes, noires, satiriques et burlesques ».

Avec Joseph Kaspar Sattler ou La tentation de l’os, que publient les éditions L’Atelier contemporain, Vincent Wackenheim, éditeur, critique d’art, offre un hommage en deux parties à cet artiste happé, habité, envahi par l’inquiétante étrangeté : un commentaire de la suite des 16 dessins de la Danse macabre moderne – où l’on décèle avec plaisir que l’auteur, par le choix précis des mots, la façon de rythmer son propos, l’audace de notations autobiographiques et la façon de laisser libre cours à son imagination, est aussi romancier -, puis une réflexion sur le parcours de Sattler, illustrateur et graveur, au contact de l’Histoire.

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Commençant par une sorte d’autoportrait radical intitulé Piqûre de vers (« L’os saccage je vous dis », analyse le critique), Sattler déploie en quinze autres stations de terrifiantes et parfois drolatiques visions de la mort : Appel de la mort (« Il y aurait à dire sur toutes ces bougies mal mouchées qui enfument les dessins »), La Maison chancelante (« La pauvreté, le temps, le peu d’entretien, les malheurs de la guerre, invasion, soldatesque, vols ont déjà fait un travail de sape »), L’incendie, Le Pont dangereux, L’Ivrogne et la Mort, Le Dernier Acte, Egalité, Trois dés : la Peste – le Choléra – le Typhus, Le Dernier bond de la mort (un météore), Un Pessimiste (« Joseph Kaspar Sattler se pend dans son propre crâne »), L’Angelus du Vendredi Saint, Le Christ couronné par la mort, Au Hasard, La Frontière, Le Brocanteur.

On comprend que Munch ou Jarry – et plus près de nous Tony Ungerer – ait apprécié ces noirs mystères effrayants et grotesques faisant songer quelquefois à Félicien Rops (Messe noire, L’horizon ovipare), James Ensor, Félix Vallotton ou au non moins génial Jacques Callot.

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Précurseur du Jugenstil, maître d’ex-libris passés à la postérité, héritier catholique de Dürer et Holbein, Sattler apparaît comme une incarnation parfaite d’une germanité associée à la guerre et au bizarre.

Représenter la mort de façon carnavalesque permet de l’exorciser, le motif de la « danse macabre » ayant fait florès depuis l’époque médiévale.

On peut se souvenir ici du poème éponyme de Baudelaire paru dans Les Fleurs du mal en 1857 : « Fière autant qu’un vivant de sa noble stature / Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants, / Elle a la nonchalance et la désinvolture / D’une coquette maigre aux airs extravagants // Vit-on jamais au bal une taille plus mince ? / Sa robe exagérée, en sa royale ampleur. / S’écroule abondamment sur un pied sec que pince / Un soulier pomponné, joli comme une fleur. »

Arnold Böcklin, Gustave Doré, Odilon Redon, Frantisek Kupka, Alfred Kubin, Frans Masereel, Otto Dix, parmi tant d’autres, s’inspireront à leur tour d’un tel sujet.

Très complet, érudit par souci de juste clarté et non de pédantisme, le travail de Vincent Wackenheim ravira quiconque aime le trouble des mondes inconnus.

On lira ceci comme une déclaration personnelle relevant de l’aveu : « Agité, Sattler l’est assurément, mais cette agitation n’est rien d’autre que le signe d’une extrême lucidité. »

Terminons par l’exergue, emprunté à Guillaume Apollinaire (Palais) : « Or ces pensées mortes depuis des millénaires / Avaient le fade goût des grands mammouths gelés / Les os ou songe-creux venaient des ossuaires / En danse macabre aux plis de mon cervelet. »

Allez, au suivant !

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Vincent Wackenheim, Joseph Kaspar Sattler ou La tentation de l’os, 16 pièces faciles pour illustrer Une Danse macabre moderne, suivi de Un esprit agité, L’Atelier contemporain, 2016, 224p

Vous pouvez aussi me lire sur le site de la revue numérique indépendante Le Poulailler

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