Des crabes violonistes dans la boue de Rock Harbor Creek, Sylvia Plath dessinatrice

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Depuis une trentaine d’années, l’œuvre de Sylvia Plath (1932-1963) est méthodiquement redécouverte (La Cloche de détresse, Le Jour où Mr. Prescott est mort), exhumée (Ariel, La traversée), commentée (le beau volume Œuvres, Quarto/Gallimard, 2011).

Diariste, épistolière, romancière, et surtout poète, cette Américaine vivant à Londres fut aussi dessinatrice, développant « une sorte de style primitif » qui lui permit d’explorer avec apaisement une inspiration de nature essentiellement « visuelle » (lettre à son époux, l’écrivain Ted Hughes, datée du 7 octobre 1956).

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Apparaissant comme des contrepoints à des nuits d’angoisses et de cauchemars, l’ensemble de dessins à la plume et à l’encre de la poétesse, que les éditions de la Table Ronde ont la bonne idée de nous montrer pour la première fois dans une édition française de belle tenue, témoignent en effet d’un grand calme intérieur, d’une sorte de paix, comme si leur auteure avait pu se laisser absorber totalement par un travail proche d’une méditation pleinement agissante.

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Que voit-on ? rien de spectaculaire, mais ce monde bâti de peu fait un bien fou, tant nous tendons à perdre notre regard : un parapluie, un chardon, des marrons, une église, des masures, des taureaux, une théière, une bouteille de Beaujolais sur laquelle est fichée une bougie consumée.

En voyage de noces à Paris durant l’été 1956, Sylvia Plath se plaît à tracer de « minutieuses esquisses » (lettre à sa mère), portraiturer avec puissance son mari (« Nous sommes mariés et il nous est impossible d’être sains et complets l’un sans l’autre. »), et croquer ce qui constitue son environnement immédiat : des toits, un kiosque aux Tuileries, une terrasse de café face au Palais de Justice.

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En Espagne, sous la chaleur accablante du paradis de Benidorm près de Valence (lune de miel), la poétesse semble au meilleur de son art, lorsqu’elle dessine des sardiniers, ou simplement une figue.

Confidence à sa mère : « Ted veut que je dessine encore et encore… »

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Quand Sylvia Plath se suicide un 11 février, ses enfants, Frieda et Nicholas ont alors deux ans et demi, et un an – le petit garçon mettra lui aussi fin à ses jours, à 47 ans.

On retrouvera sur la table de la cuisine des biscuits et du lait pour eux, qui dormaient à l’étage d’un appartement londonien environné de froid.

Elle avait écrit, autrefois : « Je voudrais une vie conflictuelle, un équilibre entre les enfants, les sonnets, l’amour et les casseroles sales. »

Mais aussi : « Je n’ai que trente ans. / Et comme les chats je dois mourir neuf fois. »

Ted Hughes (lire Un faucon sous la pluie) avait mille fois raison, qui l’exhortait à pratiquer sans relâche l’art du trait et de la composition visuelle, puisque le dessin peut être un principe de conciliation, et, quelquefois faire reculer ce que Lydie Salvayre a appelé dans 7 femmes (Perrin, 2013) le moi assassin : « C’est après l’une de ces chutes au fond du gouffre que Sylvia Plath réalise qu’il y a en elle un moi assassin avec lequel elle devra, toute sa vie, composer. Un moi assassin qui, comme pour Woolf, obéit au rythme des bêtes qui hibernent, qui peut sommeiller des mois, se tenir coi, disparaître, laisser perfidement le calme et la sérénité s’installer, puis resurgir soudain sans crier gare, avec son goût de mort, sa violence de mort et ses armes de mort. »

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Sylvia Plath, Dessins, préface de Frieda Hughes, éditions La Table Ronde, 2016, 86p

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Vous pouvez aussi me lire en consultant le site de la revue numérique indépendante Le Poulailler

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