Il voyait des Régentes partout, François Dilasser en son grand oeuvre dessiné

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Tête

L’œuvre purement graphique du peintre breton François Dilasser (Lesneven – 1926/2012) est peut-être la part la plus méconnue de son travail.

Considéré dans son autonomie de formes et de construction, le dessin apparaît pour Dilasser comme un monde en soi, porteur d’une étrangeté fascinante.

La main, souveraine, trace ce que l’œil découvre ensuite avec stupeur ou malice.

Autodidacte, le peintre finistérien s’amuse des métamorphoses d’un motif (un arbre devient étoile), ou des figures grotesques inventant leur présence sur l’espace d’un papier gaufré.

Tracées au crayon, à l’encre, à l’acrylique, aussi bien qu’au tournevis, les œuvres conservées dans l’atelier de Brignogan de l’artiste du Léon sont exposées pour la première fois au musée des Beaux-arts de Brest, où Pascal Aumasson, commissaire et conservateur du lieu, leur a réservé une place de choix.

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Les Baigneuses

Ayant beaucoup regardé la peinture classique italienne (du Quattrocento notamment), mais aussi flamande ou hollandaise (Régentes de l’Hospice des vieillards, Frans Hals, 1664), Dilasser prolonge en les déplaçant Roger Bissière, Paul Klee, Robert Motherwell, Tal Coat, Jean Dubuffet, ou même Pierre Alechinsky (le travail sur les bordures et les prédelles), vers une sorte de truculence métaphysique toute quotidienne, un pêcheur à pied n’étant pas très éloigné d’un oiseau nettoyant sa patte, ou d’un moine zen s’esclaffant de rire après avoir buté sur un caillou polisson.

D’une grande efficacité expressive, les dessins de Dilasser relèvent d’une obsession quant à la capacité de mutation des objets du monde. Ce sont des énigmes, en traits de papiers, vitraux ou céramiques, des successions de koans fugués de grande saveur.

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Le peintre et son paysage

Pour avoir la chance d’entrevoir la transformation étonnante de la baigneuse en petite planète colorée, ou autre surprenante figure, il faut remplir des dizaines de carnets à spirales, simplifier les masses, aller sans retenue jusqu’à l’épuisement des formes, multiplier les têtes – généralement momifiées, encerclées, gribouillées, griffées, glyphées – découper la feuille en une tapisserie de rectangles irréguliers, comme on découvre avec sidération les divers ossements d’Osiris sur la marqueterie d’un champ de fouille archéologique.

Le travail en série – jardins/bateaux-feux/croix/gisants/Icare/veilleurs – permet ainsi de suivre précieusement, pas à pas, ce qui se calligraphie en toute liberté, avec la grâce rythmique de l’asymétrie bien balancée, dans une tension entre l’écriture et le dessin (le dessin comme écriture/l’écriture comme dessin).

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Nuages

Il y a, au fondement de l’activité créatrice de Dilasser, une volonté, assez chrétienne somme toute, de peindre le mystère de la présence, en tentant de ne pas craindre le vide, à l’instar de son ami l’écrivain Jean-Pierre Abraham habitant un phare, affronter la beauté foudroyante de la mort (tel Zoran Music à Dachau), tout en se voyageant avec volupté dans un dialogue permanent entre terre et ciel.

Conseil de Matisse à Dilasser : « suivre son chemin ».

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Pascal Aumasson et Antoinette Dilasser, Dilasser Dessin, éditions Locus Solus, 2016, 160p

Exposition visible au musée des Beaux-arts de Brest métropole, du 5 novembre 2016 au 9 avril 2017

Visiter le musée des Beaux-arts de Brest

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