Les séminaristes sauvages, ou Noël Herpe en habit de carnaval

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Certains êtres, c’est une leçon proustienne tirée de Sodome et Gomorrhe, ne vivent que pour leurs fantasmes.

Ils ne se moquent pas de nos éventuelles assurances, ni de notre stabilité. Simplement, vivre sans claudiquer ne les intéresse pas : ils ont besoin de rêves, et ne se soutiennent que de la force motrice des illusions, dans l’élégance d’un spectacle permanent, dont la construction occupe tout leur esprit.

Noël Herpe, critique et historien de cinéma reconnu (Rohmer, Clair, Guitry, Bresson, Duvivier), est de cette espèce-là, qui dévoile avec Dissimulons !, élégant petit livre publié par les éditions Plein Jour, la part secrète et bouleversante de son existence.

On ne le considérait peut-être que comme un remarquable analyste de films, mais Noël Herpe est bien plus, bien moins, un paria, fils de son père traînant sa mélancolie d’homme délaissé dans les bars de Pigalle.

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Maupassant décrivait Rouen comme le pot de chambre de la France, mais Caen, où Herpe fut nommé/relégué comme professeur par la gent universitaire, a peut-être davantage encore, pour l’ambitieux dépité, parisien et homosexuel de surcroît, une odeur d’égout.

Souffrant des bassesses du petit monde universitaire, Noël Herpe trouve, après bien des humiliations avalées au forceps des procédures administratives comminatoires, un allié inattendu en Romaric, drôle de zig, peut-être encore plus malmené que lui.

« L’envie de faire éclater des pétards sous les jupes » revient alors, les deux compères, unis par le bonheur de « n’être rien » de leur plein gré, sont sauvés.

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Passe « le frisson du sublime » incarné par les acteurs les plus libres : « Moi aussi, je m’étais réfugié sur une scène symbolique. Aussi flamboyante, aussi excessive que mes allers-retours en Normandie étaient ternes. Il n’était pas rare, par exemple, qu’à peine délivré de mon service hebdomadaire je m’enferme dans les toilettes du train qui me ramenait vers Paris (non sans maintes interruptions expliquées par une panne d’aiguillage, un suicide, une « divagation de bestiaux sur la voie », ou pas expliquées du tout). Je resurgissais sous une autre apparence, celle d’un troubadour en collant, chaussé de santiags en guise de poulaines – et je retournais à ma place comme si de rien n’était. »

Les repas du dimanche autour du rôti de porc ? La conjugalité hétéronormée ? « Je préférais encore me faire fouetter par le vent, sur le trottoir, en marchant sur mes talons aiguilles cassés à la recherche d’un taxi introuvable. On bien me retrouver en ménestrel dans une pizzeria bondée de familles, et y rouler des pelles à un éphèbe en tutu. »

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Souveraineté et vertige du jeu.

Insoumission d’un joueur s’habillant en fille et inventant ses propres règles.

Portrait de Guillaume-Gloria, homme-femme de Lisieux rencontré sur le site Doctissimo.

Dissimulons ! est le plus sérieux des retours à l’enfance, où le goût du travestissement est une chance de perforer l’ordre adulte, hypocrite et infâme.

Certains verront peut-être en ce livre le spectacle d’une déchéance, mais c’est tout le contraire, un sacre.

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Noël Herpe, Dissimulons !, éditions Plein Jour, 2016, 78p

Site des éditions Plein Jour

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Les œuvres accompagnant cet article sont toutes de Régis Bataille, poète en herbes, ferrailles et bouchons. 

Vous pouvez le contacter, il vous recevra : tire.l.bouchon@gmail.com

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