L’élastique du jokari et le jardin des ombres – l’enfance est une image, par Eric Rondepierre

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Champs-Elysées (éditions nonpareilles, 2015), du plasticien Eric Rondepierre, est une rêverie, une exploration de l’enfance (années cinquante) du côté des jardins du rond-point où jouait un enfant que troublait déjà l’ordre adulte des apparences.

Quand le vrai n’est plus qu’un moment du faux et que nous nous sentons innocents dans un monde coupable, désirer Belle de jour, la jolie bourgeoise accomplissant l’après-midi dans une maison de passe son fantasme de prostitution, c’est souhaiter son salut.

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Dépliant des photogrammes, Eric Rondepierre fait de la persistance rétinienne un double logique de la persistance mémorielle, quand tout est devenu spectacle.

Accompagné de photographies sans qualité, c’est-à-dire pensées comme de simples témoins (des arbres, un théâtre de Guignol, un banc, une rame de métro, une lumière particulière), le texte de nature autobiographique d’Eric Rondepierre, qui est aussi écrivain, déploie de façon proustienne le palimpseste de sa mémoire, entre permanence de signes, et disparitions des traces de son existence.

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Apparaît ainsi le cadavre de Pierre Clémenti dans le beau film de Buñuel porté par la diablesse angélique Catherine Deneuve, étendu rue du Docteur Lancereaux (Paris, 8eme), où se trouvait l’école primaire du futur amoureux de pellicules. Le film date de 1966, et le passé ne passe pas. D’ailleurs, il n’est même pas passé.

L’image du théâtre de marionnettes est l’indice d’un monde flottant

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Appliquant la méthode Blow-up (scruter une image jusqu’à ce qu’en apparaisse l’élément décisif, voilé, lié à une forme de mal), Eric Rondepierre aime les arrêts sur image, les découpages, le montage, le déséquilibre, et ce qui se révèle dans la friction entre la représentation et ce qu’elle est censée représenter, toujours de l’ordre d’une mise en scène.

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Son œuvre faite de fragrances mémorielles à la limite de la nostalgie est moins une anamnèse qu’une enquête sur la fiction qu’est notre vie depuis que nous parlons.

La sécheresse d’un rapport de police (dernier document du livre) rejoint ici la verticalité du fléau de la balance des blancs.

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Et nous entrons aux champs-élyséens, où nous prédécesseurs ont pour nom Eric Rohmer (Le Signe du lion), Stanley Donen (Charade) et Alfred Hitchcock (Marnie).

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Eric Rondepierre, Champs-Elysées, éditions nonpareilles, 2015, 64p

Entrer sans frapper chez Eric Rondepierre

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