Le paysage de la catastrophe, et l’inlassable reconstruction, par le photographe Naoya Hatakeyama

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Naoya Hatakeyama est un photographe japonais important, originaire de Rikuzentakata, ville ravagée par le tsunami du 11 mars 2011.

Prolongeant son précédent ouvrage, Kensengawa, lui aussi consacré à la catastrophe consécutive au séisme qui souleva la mer, Rikuzentakata revient précisément – chaque image est scrupuleusement datée, l’ordre chronologique prévaut –  et sans pathos, avec une douceur d’observation bouleversante, sur les lieux d’un désastre qui le toucha intimement (la mort de sa mère).

Naoya Hatakeyama montre le désordre des matières jetées, amassées, brassées, les traces d’une violence inouïe dans une nature apparaissant dans toute sa souveraineté.

Le mal ici n’est pas pensé comme le contraire du beau, il en est simplement l’une des modalités.

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Le spectacle du ravage provoque d’abord la stupeur, mais au pays des kamis, ces divinités traditionnelles du shintoïsme, si prégnant dans la structuration du regard japonais sur le monde, il est communément entendu qu’il n’y a pas de création sans destruction, et que ce qui semble tout d’abord un chaos est le prélude d’une harmonie supérieure, plus secrète, imprévisible.

Dans les images de Naoya Hatakeyama, la fureur d’une nature déchaînée a laissé place à un silence considérable, relevant tout aussi bien de l’état de choc que d’une respiration intérieure propice à la reconstruction de soi.

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Journal intime d’une catastrophe à la fois personnelle et de dimension planétaire, Rikuzentakata émeut immédiatement par ce que l’écrivain Éric Reinhardt, qui le connaît et l’admire depuis 2006, nomme sa « puissance plastique et existentielle ».

Si Hatakeyama photographie d’abord des paysages où les ruines s’accumulent selon un ordre étrange, l’ouvrage montre peu à peu la force de la reconstruction/recomposition d’un lieu que le cataclysme a profondément modifié.

Rikuzentakata peut ainsi être vu comme le vaste déploiement d’un champ de forces apparemment contradictoires, les humains (aucun visage, mais la métonymie des pelleteuses, des voitures, des engins de toutes sortes) refondant ce que la nature a soudainement saccagé, à moins que ce ne soit, dans une perspective plus large, l’inverse.

La suprématie du regard d’Hatakeyama apparaît dès les premières images de ce livre, tant est perceptible ici la qualité de composition de chaque photographie, l’équilibre tant chromatique que graphique de chaque tableau.

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On comprend alors que l’art, telle une force de l’esprit supérieure, peut préserver de l’effondrement quand la menace est maximale.

Dans un texte intitulé Paysage biographique, Naoya Hatakeyama écrit : « En moi le sentiment du temps et de l’histoire est déjà en miettes. Actuellement, ce que je voudrais vraiment voir, entendre, saisir, ce n’est pas la nouveauté si recherchée autrefois. Peu m’importe su ce n’est pas nouveau, à condition que cela puisse me permettre de saisir un demain. »

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Rendons grâce aux éditions Light Motiv (La Madeleine, Nord Pas-de-Calais) de nous présenter depuis 2011 (Terrils) le travail essentiel d’un photographe dont la pudeur engagée est en soi un manifeste doublé d’une intelligence sensible remarquable.

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Naoya Hatakeyama, Rikuzentakata, texte de Naoya Hatakeyama, préface d’Éric Reinhardt, traductio française Corinne Quentin, traduction en anglais Marc Feustel, éditions Light Motiv, 2016

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Light Motiv – édition

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