Arbor est un pays, par le photographe Antoine Herscher

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Il faut prendre au pied de la lettre la célèbre phrase du messager à l’acte V de Macbeth (Shakespeare) : « J’étais de garde en haut de la colline, / J’ai regardé Birnam et, là, j’ai cru / Que la forêt se mettait à bouger. »

Terriblement puissants, drôles et secrets, les arbres ont effectivement la capacité de se mouvoir, de nous émouvoir, peut-être plus vivants que nous qui les regardons sans prendre le temps de les observer vraiment, incapables de leur parler quand chaque frondaison bruit de sous-conversations passionnantes pour le chaman.

Motif récurrent dans l’histoire de la photographie, genre en soi, l’arbre envisagé comme paysage, ou portrait, ne cesse d’intriguer amoureux de la nature et artistes (c’est la même chose, non ?) pour sa double dimension graphique et organique.

Si l’on considère que l’arboromorphisme est un anthropocentrisme, les images au format carré du photographe Antoine Herscher, telles que montrées en octobre dernier dans le cadre d’Art Elysées par la galerie Baudoin Lebon (Paris), et depuis quelques jours dans un très beau petit livre intitulé arbor, aux tonalités doucement fantastiques, publié par les éditions Actes Sud, sont parfaites, en ce qu’elles révèlent l’énigme de végétaux dont on pourrait croire, car c’est le cas, qu’ils sont aussi de pierre ou de chair.

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Dans une palette très tenue de noirs et blancs et gris, Antoine Hercher montre des arbres facétieux, solennels, amoureux, contrariés, dépenaillés, mal coiffés, guillerets, isolés ou protecteurs.

Ceux-là semblent en savoir long sur la comédie humaine, qui miment nos pauvres gestes pour le plaisir de se moquer un peu de nous.

La forêt est un théâtre permanent où le figurant est bien moins l’arbre inaperçu que le spectateur/promeneur égaré dans un songe qui se plaît à le mettre en scène à son insu.

Dans la préface d’arbor, le philosophe et écrivain Jean-Paul Cumier, écrit : « Chacun connaît d’une manière ou d’une autre ce phénomène qui décourage les chercheurs de champignons débutants : quand on en a vu un, on ne cesse plus d’en voir, où qu’ils se trouvent ; c’est la première apparition qui ouvre la marche. Même chose pour les gestes de bois, le premier aperçu réoriente le regard et fait voir tous les autres. Et la forêt comme les champs deviennent habités. Quand on commence à voir l’autre versant de l’existence des arbres c’est qu’ils vous font signe, c’est ce qu’affirmait Malcolm de Chazal, poète parmi les plus remarquables et les plus intransigeants qui soient, qui disait devoir son engagement irréversible en poésie à une conversation avec un bosquet d’azalée dans un jardin botanique de l’île Maurice. »

Comprenons ici qu’Antoine Herscher est un excellent découvreur de champignons.

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Antoine Herscher, Arbor, les arbres prennent la pose, préface de Jean-Paul Cumier, 2016, 96p, 60 photographie en noir et blanc

S’inviter chez Antoine Herscher

Aller à Arles chez Actes Sud

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