Marcher le paysage, par Bernard Plossu, photographe errant

clermont-fd_2007

Centre photographique de Clermont-Ferrand, l’Hôtel Fonfreyde, beau bâtiment historique situé en centre ville, expose actuellement le travail de Bernard Plossu sur l’Ouest américain et le Massif central, mais aussi des oeuvres plus anciennes, notamment le matriciel Le voyage mexicain.

Xavier Cannone, directeur de l’important Musée de la photographie de Charleroi, en est le commissaire.

md11482622761

Quand et comment avez-vous rencontré pour la première fois l’œuvre de Bernard Plossu ? Vous souvenez-vous de vos premières impressions ?

Je n’en ai plus le souvenir très précis. Quelques images comme un bateau par-delà une fenêtre, des jambes de femme dans le soleil, des passants pressés sous la pluie. L’impression de climats. Et puis surtout son livre, Le voyage mexicain, qui est l’un des plus beaux livres de photographies que je connaisse, m’avait beaucoup marqué.

Vous dirigez le musée de la photographie de Charleroi. Etes-vous à l’initiative de son livre Charleroi, publié en 2011, où l’on ressent l’influence de l’Alphaville de Jean-Luc Godard et du roman noir ?

Oui, c’est à l’occasion d’une mission photographique sur la ville de Charleroi il y a sept ou huit ans qu’est né ce livre qui a pris cette forme assez « série noire » il est vrai, mais le sujet s’y prêtait. Et Bernard Plossu avait trouvé que sortir du livre de photographie pour aller vers le concept n’était pas inopportun.

publicpreview-1

Comment définiriez-vous l’esthétique de Bernard Plossu ? Peut-on parler pour son travail de « périodes », à l’instar des grands peintres ? On sait l’influence sur son inspiration de Corot et du cubisme.

Il y a un paradoxe chez Plossu, qui le définirait en partie : des visions fugitives, rapides, des « entrevisions » en quelque sorte, et puis des photographies plus construites, plus apaisées. Dans les premières, l’influence du cinéma qui l’a marqué dès les années soixante. Dans les secondes, celle de la peinture à laquelle il se réfère souvent. C’est entre ces deux pôles qu’il oscille.

publicpreview-3

Comment avez-vous bâti son exposition actuelle à l’Hôtel Fontfreyde, centre de la photographie de Clermont-Ferrand, intitulée Les feux du bivouac ? Quels étaient vos objectifs, vos possibilités et vos contraintes ?

Régis Besse m’a proposé le commissariat de cette exposition où il était d’abord question de ses photographies sur Clermont-Ferrand et le Massif central. Les spécificités techniques du centre photographique de Clermont-Ferrand, un très beau bâtiment ancien composé de cinq pièces distinctes et d’un couloir m’ont vite convaincu de la nécessité de dédier chaque salle à une thématique particulière.

Est-ce la même exposition que celle montrée à Arles l’été dernier ?

Non, seule la série Western Colours des tirages au procédé fresson dans lequel Plossu s’illustre depuis les années soixante-dix, était à Arles. Le reste est construit pour l’occasion.

publicpreview

Quelles parentés entre l’Ouest américain et les paysages du Massif central ?

Un sentiment d’espace, de l’âpreté du paysage réduit au ciel nuageux, à la roche. Plossu est un marcheur en plus d’être un photographe. J’y retrouve en les voyant quelques souvenirs des mots de Julien Gracq qui m’est cher.

publicpreview-4

Comment êtes-vous tombé dans le chaudron de la photographie ? Etes-vous vous-même photographe ?

Je suis un très piètre photographe. C’est sûr, vous ne verrez jamais une exposition de mes photographies ! J’en fais comme tout le monde, pour enregistrer quelques instants, rien qui vaille que l’on s’y attarde. Je me suis peu à peu intéressé à la photographie fin des années quatre-vingts lorsque je dirigeais la collection de la Province de Hainaut en Belgique, l’équivalent d’un FRAC si vous voulez. C’était alors l’émergence de la « photographie plasticienne ». Je n’avais guère le choix : soit je faisais l’impasse, soit j’essayais de comprendre ce qui se passait dans le champ de la photographie.

On sait peut-être les difficultés financières auxquelles a dû faire face le musée dont vous êtes le directeur. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le Musée a été longtemps sous-financé, surtout depuis l’ouverture en 2008 d’une nouvelle aile qui a doublé nos surfaces. L’argent promis n’est jamais arrivé. Les réductions financières liées à la crise économique et une ancienne ministre particulièrement incompétente et sectaire, dont nous sommes aujourd’hui débarrassés, ont accru nos difficultés structurelles alors que le Musée connaissait un accroissement de visiteurs. La situation s’améliore aujourd’hui grâce à l’arrivée d’une nouvelle ministre plus perspicace et surtout intéressée par la culture. Mais ce domaine reste un parent pauvre malheureusement.

Vous exposez actuellement Jeanloup Sieff et Wim de Schamphelaere. Seriez-vous adepte de l’art du grand écart ?

Grand écart ? Certainement pas en mon esprit. Je dirige un Musée, c’est-à-dire un service public. Mon rôle est de montrer les différentes formes d’expression photographique, quelle que soit l’époque, la nationalité ou le style dès lors que la qualité est au rendez-vous. Il n’y a pas un public, mais des publics, en photographie comme ailleurs. Notre carte est la diversité. Et à titre personnel, je me moque des qualificatifs que l’on me décernera, passéiste, moderne ou contemporain.

Propos recueillis par Fabien Ribery

Exposition Les Feux du bivouac, Bernard Plossu – du 25 novembre 2016 au 11 février 2017

Visiter l’Hôtel Fontfreyde

Se rendre au musée de la photographie de Charleroi

51ilqbufctl

Bernard Plossu, Western Colors, préfaces de Max Evans et Francis Hodgson, éditions Textuel, 2016

Ouvrir la porte des éditions Textuel

plossu-1

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s