Les fantômes de Christopher de Bethune, photographe adulescent

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série Outland

Nourri de culture visuelle (cinéma/photographie), de rock alternatif, et de fanzines, Christopher de Bethune est un photographe foudroyant.

Que ses images soient précisément cadrées ou prises à l’instinct de la volée, y éclate une vision parfaitement cohérente, faite de noirceur, de mélancolie, et de désir pour le monde parcouru comme on s’invite dans un territoire magique, presque sacré.

Rencontre avec un adulescent au regard puissant.

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série Ill street blues

Vous avez publié en très peu de temps plusieurs livres très beaux, radicaux, Outland (Dienacht Publishing, 2016), Pale Tales, Ill street blues et Night Ride (Edition Luciver, 2015-2016). Qui êtes-vous ? Votre nom est-il un pseudonyme ? Où vivez-vous ?

Non, pas de pseudonyme, de Béthune étant le nom de famille de ma mère.
Ma mère est française et mon père était suisse. Je suis né et j’ai été élevé à Bruxelles.
En fait, pour les publications, cela a été assez rapide, le jour où j’ai décidé que mes images ne devaient plus rester dans ma farde de négatifs, scannées et stockées sur mon disque dur.
Je connaissais Christophe Lambert, le peintre, pas l’acteur, qui est, entre autres choses, le boss des éditions Luciver en suisse. Il avait déjà édité des proches, et j’étais assez fan de son concept d’un fanzine par mois. Les fanzines, j’y beigne dedans depuis enfant, surtout les fanzines musicaux, et j’en faisais ado sur le cinéma bis japonais et chinois vers mes quinze ans. Quand il a accepté de publier le premier, ça a été le déclic.

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série Outland

Vous photographiez dans des noirs et blancs saturés des scènes, des paysages, proches de l’abstraction. Pourquoi ces choix ?

J’ai du mal à y répondre précisément.  Je voue un culte aux maîtres japonais, Moriyama en tête de ligne, mais cette quasi hypnose pour le noir et blanc remonte beaucoup plus loin. Elle est probablement liée à la découverte et à mon engouement assez jeune pour le cinéma japonais, des films en noir et blanc de Kurosawa et de plusieurs chefs d’œuvres tels qu’Onibaba, film qui à l’époque m’a littéralement retourné, Branded to Kill ou encore Godspeed you black emperor. Dans les images en noir et blanc, je retrouve une certaine tristesse, un certain réconfort, et une certaine nostalgie qui me conviennent parfaitement.

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série Outland


Avez-vous la sensation de faire un travail de plasticien ? Vous êtes très attentif aux lignes, au labyrinthe des signe dans l’image.

Je suis assez minutieux en général, mais, étrangement, dans la pratique photographique, cela dépend vraiment de ce que j’ai sous les yeux. Je peux être posé, attendre et contempler, être attentif au cadrage, ce qui est le cas pour une grande partie d’Outland par exemple, comme à l’inverse je peux « voler » énormément d’images, sans cadrer, sans faire attention aux détails, juste car je la vois dans ma tête à cette seconde précise, ce qui est le cas de chaque photo d’Ill street blues.

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série Ill street blues

Il y a indéniablement une tonalité fantastique dans Outland, quelque chose de l’ordre de l’effroi et du sublime., une solitude fondamentale. La terreur est-elle votre compagne ?

C’est le fantastique du voyage, le fait de prendre la route. C’est souvent terrorisant de quitter la zone de confort de son quotidien pour aller vers l’inconnu, mais à la fois très excitant et tellement satisfaisant quand on ose. La solitude des images vient de la sélection très nostalgique que j’ai effectuée. J’ai beaucoup d’images pour cette série, mais lors de la création du livre, je vivais une période assez triste. C’est d’ailleurs la raison même de ce livre, qui est un merci, une déclaration d’amour. La mélancolie m’accompagne bien davantage que la terreur.

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série Outland

Pourquoi ce titre, Outland ?

Ça résume les terres inconnues, c’est aussi un clin d’œil à Badlands, film qui m’obsède depuis l’adolescence.

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série Outland

Les images de ce livre ont été prises dans des endroits très différents. Le mouvement vous est-il nécessaire ? Etes-vous un chasseur de fantômes menant une quête circumterrestre ?

Le voyage est en effet une nécessité. A mes yeux, il permet de réellement se découvrir, se confier et s’entraider. Outland s’étend sur trois ans et huit pays, voyages lors desquels j’ai énormément découvert, lors desquels j’ai appris énormément, tous sujets confondus. J’en resterai changé pour toujours.

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série Outland

Je ne dirais pas que je chasse les fantômes, mais quand je suis en ville c’est une sorte de chasse, effectivement, des âmes qui se croisent. Les images que j’en tire en ressortent très floues, très vagues. Cette question est assez drôle, car je les appelle les fantômes.

Auprès de qui avez-vous appris votre pratique ? Qui sont les photographes qui comptent pour vous ?

J’ai appris à regarder autrement, à écouter et à s’écouter. Takuma Nakahira, Daïdo Moriyama, Eikoh Hosoe, Daisuke Yokota, Anders Petersen, Ed Tempelton, Koudelka bien sûr, Ken Schles en particulier, et beaucoup, beaucoup d’autres. J’ai aussi une obsession pour les photographes de la guerre du Vietnam, Larry Burrows, Henri Huet, Horst Faas & Don McCullin en tête de liste. Leurs images et le contexte me hantent depuis longtemps.

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série Outland

Pratiquez-vous d’autres formes d’art que la photographie ? Pourquoi celui-là particulièrement ?

J’ai fait très longtemps du dessin, c’était d’ailleurs l’objet de mes études, en illustration.
La photographie a toujours été présente autour de moi, de par mon grand-père qui était photographe pour l’armée navale.

Je me rappelle me perdre dans ses revues, ses livres et ses albums personnels, faits de soldats, de bateaux et de machines de guerres qui pouvait fasciner un petit garçon à l’époque, mais qui me révolteraient sûrement maintenant. Malheureusement, je n’ai rien récupéré de son matériel photographique. Je pense que cela m’aurait fait plaisir.

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série Ill street blues

Mon premier appareil me servait plus à documenter mon entourage, principalement les concerts de la scène musicale alternative, que je fréquent(e)ais teenager, qu’autres chose.
Tout s’est perdu lors d’un désastreux déménagement à la va-vite. Mais les souvenirs restent, tout comme les appareils que j’accumule depuis.

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série Outland

Quels genres de rêves faites-vous ?

Ah, ils oscillent entre l’érotisme, la science-fiction et les aventures invraisemblable, sans queue ni tête, comme tout adulescent qui se respecte.

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Propos recueillis par Fabien Ribery

Christopher de Bethune, Outland, Dienacht Publishing, 2016

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série Outland

Christopher de Bethune, Pale Tales et Night Ride, Edition Luciver, 2015

Christopher de Bethune, Ill street blues, Edition Luciver, 2016

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série Outland

Site officiel de Christopher de Bethune

Découvrir Dienacht Publishing

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série Outland

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