La peinture comme un désert, par Amélie Bertrand

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Amélie Bertrand, par Renaud Monfourny

 

Après un premier numéro consacré à l’œuvre graphique du maître du cut-up, William Burroughs, Pleased to meet you, fanzine bilingue composé avec une grande élégance, consacre sa deuxième livraison à la peintre Amélie Bertrand.

La découverte est belle, qui offre cinquante pages à la jeune plasticienne West Coast, c’est-à-dire Côte d’Azur, photographiée en noir et blanc par Renaud Monfourny, jeans troués, lionne ayant vaincu plusieurs tubes de peinture – à ses pieds, une jonchée de petits cylindres de couleur écrasés – regardant fixement qui ne la domptera pas.

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Amélie Bertrand, copyright galerie Semiose

Une jeune femme d’aujourd’hui peignant en aplats colorés des toiles vidées de toutes présences humaines, comme si les animaux de Gilles Aillaud avaient pris leur revanche pour nous enfermer dans une cage appelée Luxe Calme Volupté et Ironie.

Aucune volonté d’imiter la nature chez Amélie Bertrand, plutôt l’ambition de créer des atmosphères, qui sont des sortes de décors impossibles, entre la salle de fitness avec piscine – ses faux palmiers, son soleil kitsch, son pédiluve – et la cage pour animalcules humains, quand le vrai n’est même plus l’un des moments du faux.

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Amélie Bertrand, copyright galerie Semiose

Treillis, grillages, carrelages, briques, pierres structurent des pièges visuels, où l’on chercherait en vain la sortie.

Le dehors est un dedans, et le désert a crû quand les dessins tracés précisément par l’ordinateur n’ont plus besoin d’oxygène.

Les formats sont très variés, la découpe au laser autorisant toutes les proportions et propretés.

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Amélie Bertrand, copyright galerie Semiose

L’artifice est total, et ce que l’on perçoit comme de la profondeur est encore une surface : « Je ne peins pas par jus, en plaçant les ombres et les lumières, en faisant monter la peinture petit à petit. Si j’ai besoin d’une ombre, je la peins. En une couche, rien n’est altéré, je garde la puissance des couleurs, de la lumière, cette matière de la peinture à l’huile que j’adore, légèrement satinée. Tout reste en surface. »

Le temps s’est arrêté, seul subsiste l’espace du démonde d’un plateau de télévision où les caméras de surveillance fonctionnant de façon automatique ont remplacé tout véritable regard.

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Amélie Bertrand, copyright galerie Semiose

Nous vivons désormais dans l’œil d’un logiciel, dont les Tropiques inquiétantes d’Amélie Bertrand sont l’une des formes possibles.

Le roi est nu, et la fête est finie quand le verbe créateur s’est laissé engloutir par la communication.

Les toiles d’Amélie Bertrand sont terriblement silencieuses.

Appelons tout cela la victoire définitive des mini-golfs.

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Amélie Bertrand, Pleased to meet you, numéro 2, Semiose éditions, novembre 2016, 56p

Visiter la galerie Semiose

Site officiel de Renaud Monfourny

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. monfilmdusoir dit :

    Merci pour ce bel article…

    J'aime

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