La parabole du juif errant, par le romancier Hubert Haddad

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« Le mélange des langues en temps de paix est la plus belle musique. »

Il est possible que, pour être sauvée, Israël ait régulièrement besoin d’être refondée, ailleurs, plus loin, en terre inconnue.

Cette hypothèse, l’écrivain Hubert Haddad la pose dans un roman au titre délicieux, mais non dénué d’ironie, et de douleurs, Premières neiges sur Pondichéry (éditions Zulma).

Hochéa Meintzel, violoniste virtuose, a quitté Jérusalem pour Chennai en Inde, avec l’intention de ne jamais revenir : trop d’attentats, de violences, de haines cuites et recuites.

Depuis l’assassinat par un juif orthodoxe de Yitzhak Rabin, la vie en Israël est devenue impossible. Difficile désormais de distinguer les persécutés des persécuteurs.

Samra, sa fille adoptive, belle adorée, tente bien de le retenir, mais en vain : quand on a déjà connu le malheur, petit, dans le ghetto de Lodz en Pologne, on sait partir quand il le faut – tout est question d’apprentissage.

Ce qui s’énonce au style direct, « Je ne suis plus Israélien et je ne veux plus être juif, ni homme, ni rien qui voudrait prétendre à un quelconque héritage. », peut aussi être formulé ainsi au style indirect libre : « Pourquoi jouer dans un monde sourd ? L’art n’est qu’une comédie de l’ennui. »

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En Inde l’attend la jeune jaïniste Mutuswami, musicienne « à la voix d’ange », vraie groupie, qui le guide dans un pays aux mœurs étranges, difficiles, enivrantes.

En Inde, le violoniste exilé retrouve Nandi-Nandi, l’étudiant timide aux traits androgynes qui avait souhaité apprendre la musique auprès de lui : « Chez nous, au Kerala, les juifs ont été accueillis à bras ouverts par les rajahs, voici des siècles. Il aurait même existé un royaume juif sur la côte de Malabar, près de Kochi. »

En Inde, Hochéa, errant dans le labyrinthe de sa mémoire, se souvient, de sa jeunesse, des études talmudiques, des anciennes mélodies hébraïques, du massacre des siens, de son épouse défunte.

En Inde, le tohu-bohu des tambours est incessant : « Cloches, gongs et klaxons, chants et disputes, appels du muezzin, feulements et rumeurs, les bruits de l’Inde remontaient du fond des siècles. Ce vacarme continu l’avait surpris d’emblée à Chennai. C’est le cœur monstrueux du temps qui bat. Il faut bien qu’un dieu danse jour et nuit : s’il oubliait un instant la misère du monde, son réveil consterné vaudrait une apocalypse. C’est le qui-vive de Shiva ! »

Dans les ghâts occidentaux du Tamil Nadu (sensation d’exotisme garantie) ou à la synagogue bleue de Kochi, loin du tumulte, protégé des cyclones, il est possible de se réconcilier, avec l’autre, la nature, la communauté, et d’échapper quelques temps à la corruption générale.

Hochéa a vieilli, et son corps nécessiterait l’attention d’une masseuse experte. Son sommeil ? Une auberge où l’on parle yiddish.

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Premières neiges sur Pondichéry est un chant de délivrance aux registres et régimes textuels multiples (mélancolique, épique, mytho-biblique), où l’écriture, abordée dans sa dimension performative et nourrie d’une érudition de partage, crée les véritables conditions d’une renaissance.

Et puis, au cœur du livre, ce discours, magnifique : « Etre juif aujourd’hui, c’est avoir appris à ses dépens les leçons indignes de l’Histoire. C’est accorder autant de crédit à Kafka qu’aux maîtres de la Torah. Il n’existe de communauté que par le culture et l’esprit, et celle-là ne se perpétue que dans l’accueil et le partage. Les noces de l’attente et de la mémoire, en toutes langues, s’appellent espérance. Dès lors je considère absolument le Palestinien comme mon semblable, compagnon fugitif du mystère d’exister. Au même titre qu’un membre de sa famille ou qu’un Indien de Bombay. »

Il suffit d’être dix pour entretenir le feu de la Lumière perpétuelle.

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Hubert Haddad, Premières neiges sur Pondichéry, éditions Zulma, 2017, 188p

Site des éditions Zulma

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Hubert Haddad est aussi l’auteur d’une œuvre dessinée abondante, dont l’ouvrage l’êcre et l’étrit, publié aux éditions Jean-Michel Place, témoigne magnifiquement.

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Hubert Haddad, l’êcre et l’étrit, éditions Jean-Michel Place, 2016, 80p

Découvrir les nouvelles éditions Jean-Michel Place

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. fredM dit :

    Voila qui donne envie de se plonger dans ces ouvrages,merci

    J'aime

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