Eros, c’est-à-dire Thanatos, c’est-à-dire Eros, par le photographe Jean-Yves Cousseau

arton965

Intempéries est un ensemble de voyages photographiques imaginé par Jean-Yves Cousseau.

Comprenant trois parties accompagnées de textes composés par les écrivains Eric Audinet, Tom Raworth et Sarah Clément, cet ouvrage très séduisant est bien moins une exploration documentaire d’un territoire donné qu’une relation poétisée, nécessairement fragmentaire, aux lieux qu’a pu traverser le photographe.

Les images ne sont généralement pas spectaculaires, bien que le spectacle y apparaisse comme une donnée essentielle du goût de vivre : paysages urbains, passants anonymes, carcasses d’animaux, néons, aquariums, nudité féminine.

Eros est dans les champs ou dans une boîte à strip-tease, à moins qu’il ne s’agisse de son envers, meilleur ami/ennemi Thanatos, pour nous qui adorons manger notre prochain.

Chair du monde, chair des femmes, chair des bêtes.

La danse des voiles soulève la poussière tombée sur le macadam, ou sur les yeux du regardeur ayant déjà beaucoup marché.

06_cousseau

En noir et blanc ou couleur, dans le feu des réacteurs d’un avion violant le ciel, les images de Jean-Yves Cousseau sont des amorces de récits, dont le montage crée les conditions d’un égarement à la fois familier et étrange.

Eric Audinet appelle sentiments (« sentiment se dit de l’odeur de la bête, qui demeure après son passage »), la saveur proustienne de photographies que le poète Tom Raworth (excellente traduction de Marie Borel et Jacques Roubaud donnée dans une présentation bilingue) nomme variation de lumière.

« on sentait l’odeur / du fond de la terre / regardant la fumée ramper / sortir de ses poumons fatigués / d’une pureté de glace »

Construisant une sorte de journal à deux voix, Sarah Clément image une dérive inspirée des éclats de monde saisis par le photographe : « Il observe une blonde accoudée au bar, en vrac. Elle repousse constamment une feuille de plante verte obstinée lui tombant sur la joue. Elle marmonne que le monde est monde, n’arrête pas d’être monde, n’oublie pas d’être monde. »

Il y a de l’intemporel dans ces Intempéries, du rêve éveillé, dont on suppose que ce qu’en donne à voir le livre publié aujourd’hui par les éditions Isabelle Sauvage n’est pas une fin de partie, mais un coup d’archet parmi d’autres d’autres gestes musicaux insoupçonnés.

Accueillons donc l’annonce de l’exposition que lui consacrera bientôt la Maison Européenne de la Photographie (MEP) comme une excellente nouvelle.

59604

Jean-Yves Cousseau, Intempéries, textes d’Eric Audinet, Tom Raworth et Sarah Clément, éditions Isabelle Sauvage, 2016, 66 photographies

Site des éditions Isabelle Sauvage

annonce_cousseau_jacobe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s