My Lagos, capitale monstre et populeuse, par le photographe Robin Hammond

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Il se pourrait très bien que l’Afrique – trente millions de kilomètres carrés, cinquante-quatre Etats – invente les lignes de notre futur, et nous refaçonne à la mesure de sa démesure.

En 2030, Lagos comptera vingt-cinq millions d’habitants.

Dans la capitale du Nigeria, où les populations affluent, les capitaux des investisseurs jouant aux dés transforment la ville en un gigantesque territoire d’aventures.

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Les imaginaires sont écrasés par le calcul, avides d’argent.

Les imaginaires s’ouvrent, participant à la créolisation du monde, que prophétisait à juste titre le philosophe poète Edouard Glissant.

Lagos, Nigeria. Photo Robin Hammond/Panos

Consumériste, déchirée, souffrant de tachycardie, Lagos est aussi tourbillon, vitalisme, couleurs, mouvement permanent.

Soumise à la souveraineté de la technique, cruelle, dévoreuse de chairs humaines, Lagos est aussi tisseuse de liens, créatrice d’expériences existentielles nouvelles, vérité de rires, rythmes inédits.

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Sa puissance est une joie, sa puissance est une peine.

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Lagos est un chaudron, volcan touillé par une jeunesse désireuse de sauver sa peau, et de saliver, déglutir, jouir le vaste monde à partir du point d’incandescence qu’est son désir irréductible d’être là, pleinement présente, dans l’hyperconnexion mondialisée à laquelle elle veut participer sans frein.

Pas de nostalgie, mais une humanité se réinventant, identique et différente, adepte d’une autre Raison, moderne, non impérialiste, plurielle, attentive à la vie spirituelle et au tempo propre de chacun, ce qui serait la définition de Lumières africaines.

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Pas de passéisme, mais de l’effervescence, du bouillonnement, et des habits d’Arlequin pour fuir dans les apparences.

Le corps sera de grande santé, ou ne sera pas, mobile, fervent, très savant, et joueur-menteur.

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L’intensification de l’existence poétique au cœur de la catastrophe est aujourd’hui l’enjeu majeur.

Dans le bruit, la musique, le tumulte, Lagos invente un destin, qui ne pourrait ne pas être que local, mais de portée universelle.

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C’est ainsi que l’immense photographe néo-zélandais Robin Hammond, dans un livre finement ouvragé édité par les Editions Bessard (format horizontal majestueux, couverture cartonnée unique pour chaque exemplaire, doublée d’un papier plié provenant de posters nollywoodiens, typographie très soignée), représente dans My Lagos une capitale monstre et populeuse, à la fois très noire et multicolore.

Au spectateur égaré dans le labyrinthe de ses images, Robin Hammond offre, dans une série de petits cahiers dépliables, insérés dans un format réduit au mitan des doubles pages de sa fresque africaine, des interviewes en anglais permettant de rencontrer des personnages, dont on se dit qu’il pourrait être des acteurs de ce grouillant Nollywood, où le Nigeria expérimente le mise en scène d’elle-même.

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Ajibola Samuel, bus conductor : « For people who have never been to Lagos, how would you describe the city ? »

Wasiu Ishola, unemployed : « My Lagos is the place where I see money and where people are merciful. »

Vico Etienne, a fisherman originally from Benin – he has lived in Lagos 25 years : « Lagos has better car, better house, Lagos has everything. »

Lagos, Nigeria. Photo Robin Hammond/Panos

Ville de contrastes considérables, impitoyable et donnant pourtant tout à l’œil habile du photographe sachant la révéler dans ses multiples dimensions, l’indomptable Lagos est ici approchée en cinq chapitres – Building Lagos, Big Religion, Middle Class, Nollywood, Fashion – qui sont autant de portes d’entrées ouvrant sur les autres, car la cité dantesque est aussi celle de tous les enchantements.

Avec My Lagos, les Editions Bessard frappent une nouvelle fois très fort, et l’on se plaît à désirer rester longtemps encore sur le ring des images d’un livre construit comme un macrocosme.

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Joseph Conrad terminait Au cœur des ténèbres par le célèbre « L’horreur ! L’horreur ! » – derniers mots prononcés par Kurtz durant son agonie.

Il semble qu’on puisse lui préférer aujourd’hui la formule magique de Nelson Mandela : « Je suis parce que nous sommes. »

My Lagos, ou l’avenir du monde, désirable, inquiétant, incompréhensible, babellique, passionnant, à feu et à sang.

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Robin Hammond, My Lagos, design Cyrielle Molard, Editions Bessard, 2016 – livre disponible auprès de l’éditeur

Découvrir les Editions Bessard

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Site de Robin Hammond

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