Le don des mains, par Anne de Vandière, photographe

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L’intensification de l’existence poétique est une nécessité face à l’enlaidissement du monde.

En 330 photographies en noir et blanc – imprimées sur papier bible avec pliage à la japonaise (pages doublées) -, Anne de Vandière montre qu’il est encore possible d’habiter notre planète sans la brusquer, et de composer avec la nature une existence qui ne soit pas de prédation, mais de gratitude et de soin, nonobstant des conditions de vie parfois/souvent terriblement difficiles.

Photographiant depuis 2009 les petits peuples de la planète menacés de disparition, Anne de Vandière fait de la main le symbole même de notre humanité.

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Qu’elle soit au travail, qu’elle fabrique des objets de toutes sortes, qu’elle s’offre en partage, qu’elle soit instrument de prière ou de douceur, la main est à elle seule une parole, révélatrice d’histoires singulières et collectives.

En une série de triptyques (un visage, des mains, un témoignage), la photographe se fait la messagère de 46 tribus ou groupements humains aussi fragilisés aujourd’hui que leur peau est pourtant un parchemin de plusieurs siècles d’endurance face à l’adversité.

Apparaissent sous l’objectif de la voyageuse, travaillant encore avec la peau fine de la pellicule argentique, des hommes, des femmes, des enfants, des paysages, des animaux, dans une façon fascinante de tisser liens, regards et gestes, et d’inventer des manières spécifiques de tenir debout dans le simple, la merveille comme l’invivable.

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Livre gros de ses 592 pages, Tribu/s du monde écrit une épopée modeste de solidarités inconditionnelles entre des êtres unis par le même respect de la Terre-Mère, qu’ils vivent en Tanzanie, au Groenland, au Laos, au Ladakh, au Népal, au Sénégal, en Thaïlande, au Québec, en Bretagne (Finistère) ou dans bien d’autres pays du monde.

Témoignage de la Berbère Ija Id Abedellah, cueilleuse de safran : « Dans cette région de l’Atlas, le safran pousse entre mille deux cents et trois mille mètres d’altitude. Ici, le climat et le sol ont des vertus très particulières. Chacun possède son petit lopin de terre sur lequel il cultive la fleur rare. En général, les femmes cueillent et les hommes s’occupent de la vente. La cueillette se fait une fois par jour à l’aube car il est plus facile d’enlever le pistil quand la fleur est fermée. Tout le travail se fait chez moi, en famille. Les mains doivent être délicates et les doigts légers. En haute saison, je peux rapporter quatre paniers de fleurs de safran par matinée. Ce travail est exclusivement manuel, il n’existe pas d’autre moyen. La main tient tous les rôles chez la femme berbère et c’est à travers le tissage que nous avons pu maintenir nos traditions. »

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Evitant les pièges de la nostalgie, le travail d’Anne de Vandière est moins de l’ordre d’une idéalisation du passé, que d’une ouverture vers l’avenir, informée de la sagesse des peuples ayant su imaginer une façon de vivre en harmonie avec leur environnement.

On peut se plaindre du géocide perpétré par la toute-puissance des réseaux numériques enfermant leurs utilisateurs dans un présent perpétuel.

On peut aussi, si l’on parvient à se dégager des rets de la désespérance, exalter le pas, le plus proche comme le plus lointain, l’espace réduit comme le vaste territoire, toujours source d’infinies richesses pour qui sait y trouver les conditions d’un souffle premier.

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Ramprasad Prajapati, potier népalais : « Nous sommes les Prajapatis, le clan des potiers népalais appartenant à l’ethnie des Newars. Depuis des siècles, de génération en génération, notre technique artistique n’a pas changé. Je me souviens encore de mon grand-père s’affairant sur son tour de pierre. »

A nous qui devenons exsangues, d’expériences et de désirs de fond, Anne de Vandière offre la possibilité d’un réveil.

Il se pourrait bien qu’il nous faille réapprendre à vivre, enfin, et que son imposant petit livre y contribue grandement, alors que nous ne connaissons parfois plus du monde que des parois de verre brisé à caresser.

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Anne de Vandière, Tribu/s du monde, contributions d’Erik Orsenna, Priscilla Telmon, Florent Maubert, Jean-Patrick Razon, Serge Bahuchet, éditions Intervalles, 592p

Découvrir le site d’Anne de Vandière

Consulter le site tribusdumonde

Editions Intervalles

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