Mecanica, portrait d’une revue de gravure et d’impression

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Conceptrice de Mecanica, revue dédiée à la gravure, aussi magnifique que méconnue, la plasticienne Céline Thoué aime le secret, l’enfance, l’odeur de l’encre et les expérimentations formelles.

Adepte d’un art de grande qualité, Céline Thoué est une artiste exigeante, désireuse d’offrir le meilleur pour tous, sans transiger sur ses impératifs sensibles.

Transmettre aux lecteurs de L’Intervalle la singularité de son univers est un grand plaisir.

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Comment est née l’idée de créer Mecanica, « revue biannuelle de gravure et d’impression » ?

L’idée d’une revue me trottait dans la tête depuis déjà un certain nombre d’années, avant la création en janvier 2014 de Mecanica. J’avais envie de fabriquer un espace à feuilleter, constitué d’images fortes, d’un bon format, imprimé à la main, et surtout de faire se croiser différents graveurs (artistes, illustrateurs pratiquant la gravure en relief) et auteurs (romanciers, poètes, novellistes…). Montrer le travail d’artistes, croiser des univers, donner à voir de la gravure dans une sorte de revue d’art militante, et d’une esthétique que je qualifierais de radicale, induite par la technique de gravure.
Il m’a fallu un an pour imaginer le format, trouver le nom, la forme que la revue prendrait, et créer son identité, sa couverture. Mecanica s’est imposée à un moment donné dans le nom qui se veut phonétique, universel peut-être, mais surtout lié à la mécanique, celle du travail, celle de l’impression (à la main, sur presse manuelle, dans des gestes répétés) des images gravées et du texte toujours composé à l’aide de caractères mobiles.

 Elle paraît tous les six mois, début janvier puis début juillet, et conserve depuis le début la même « configuration » : quatre graveurs et un auteur invités.

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Vous la tirez à 70 exemplaires. Pourquoi un si petit nombre ?

Mecanica est en effet tirée à 70 exemplaires. Ce faible tirage n’empêche pas le gros travail d’impression et de reliure que je m’impose tous les six moi, seule face à la presse. L’encrage est réalisé à la main, la pose du papier aussi, ainsi que l’impression. Je souhaite que Mecanica reste un objet de résistance, face à une productivité dans le domaine du livre assez incroyable. Dans l’espace de la petite édition, 70 exemplaires est déjà beaucoup. En faire un objet rare me plaît aussi. Choisir le papier, l’encre et entrer dans un mode très lent de production.

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Vous inspirez-vous pour la construire de l’apport des avant-gardes des années 20 du XXème siècle ?

L’avant-garde des années 20 est bien sûr quelque chose qui me touche, mais ce sont surtout les dadaïstes et les formes (affiches, revues, etc.) qu’ils sont arrivés à imaginer qui m’intéressent. Les moyens qu’ils avaient à l’époque et que j’utilise encore aujourd’hui. Leur liberté aussi. Mecanica est un projet tout à fait libre.

Comment choisissez-vous vos thématiques, et les auteurs avec lesquels vous travaillez?

Il y a des sujets qui m’interpellent souvent, dans mon travail artistique personnel, et j’essaie d’en retranscrire des échos dans la revue, voir comment d’autres que moi pourraient l’aborder. Mais plus qu’un sujet, c’est un prétexte que je propose à mes invités. Je leur donne aussi la permission de ne pas le suivre. Mais souvent ce « prétexte » auquel je pense m’amène directement à penser au travail d’un artiste ou d’un auteur, et je me permets alors de le contacter.

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Auprès de qui diffusez-vous Mecanica ?

Mecanica se diffuse paradoxalement par internet. Ce monde virtuel immense et démesuré me permet de trouver lecteurs pour une revue fraîche d’encre et de plomb. Je ne passe pas par des intermédiaires (librairies, diffuseurs…) car d’une part la revue est à faible tirage et je n’aurais pas assez de stock pour diffuser à travers des lieux dédiés à l’objet livre /revues. D’autres part, le prix de la revue est lui aussi très faible et le projet n’est pas viable si je rajoute en plus des frais de diffusion, de remise… Je diffuse aussi à l’occasion sur des salons du livre et de l’édition (microédition, éditions alternatives). Mais souvent les exemplaires s’envolent assez vite, j’en suis très heureuse et surprise.

Chaque numéro est-il construit autour d’une technique de gravure spécifique ? Je pense au numéro 6 constitué uniquement de bois gravés.

Chaque numéro contient des gravures en relief, qui peuvent être des linogravures ou des bois gravés, ou les deux, selon les souhaits des artistes. Mecanica sera toujours consacrée à la gravure en relief (ce serait très très long d’imprimer 70 exemplaires en gravure en creux !) et dédiée aussi à la typographie plomb et bois, avec laquelle je compose tous les textes que l’on me rend.

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Travaillez-vous toujours avec « L’atelier du coin », atelier chantier d’insertion ?

C’est à « L’atelier du coin », de Montceau- les-Mines, que j’ai confié le numéro 6. J’ai travaillé avec des graveurs qui fréquentent l’atelier pendant six mois environ, parfois un peu plus, et qui apprennent à graver durant un semestre pour partir dans de nouvelles aventures par la suite. Je voulais confier un numéro à cet atelier incroyable. Je suis donc allée leur parler du projet qui a été accepté tout de suite et mis en place très rapidement. A la phase impression je les ai rejoints pour imprimer avec eux, et plus tard pour coudre tous les exemplaires. C’était très agréable de travailler ensemble, à plusieurs, de sortir de son atelier pour en fréquenter un autre. Ce fut une aventure unique. Mais j’ai dans l’idée de sans doute travailler avec d’autres ateliers équipés de presse et défendant la gravure et l’impression.

Quelle est votre formation artistique initiale ?

J’ai étudié quatre années à l’école des beaux-arts de Valence (Drôme), option arts, puis quatre autres années en histoire de l’art où j’ai passé une maîtrise d’art contemporain.

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Développez-vous d’autres projets personnels ?

Mecanica est une petite partie de ma vie, que je dédiée à la création quotidienne. Je pratique le dessin, la gravure, la céramique, la peinture parfois, et passe d’un médium à un autre. Nous avons créé il y a plus de dix ans maintenant avec Pierre Abernot, artiste, l’atelier « L’épluche-doigts », dédié à la gravure et l’impression : c’est une petite structure éditoriale où nous créons affiches, cartes, livres d’artistes avec les outils de gravure, et de typographie traditionnelle.

Revendiquez un ancrage esthétique dans les cultures et imaginaires dits populaires ?

Pour ce qui concerne la gravure, il m’arrive de penser souvent à Posada, graveur mexicain et ses imageries populaires. Concernant les formes imprimées, j’ai en tête les cordels, ces petits livrets de poésie diffusés sur les marchés brésiliens, mais aussi toutes l’imagerie dada, et beaucoup de revue typo aujourd’hui épuisées.

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Propos recueillis par Fabien Ribery

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Découvrir le site de Céline Thoué

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