La politique des horreurs, selon Midi-Minuit fantastique

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Voici un livre si imposant, si nécessaire, qu’il aura joué le rôle de la lettre volée d’Edgar Allan Poe : il était là, devant moi, dans toute sa puissance, dans toute sa beauté, et je ne le voyais pas.

Mille et une excuses à son éditeur aixois, Rouge Profond, qui me l’avait envoyé il y a plus d’un an, cet ouvrage est considérable.

Regroupant en deux volumes l’intégralité des livraisons de la toute première revue consacrée au cinéma de genre en Europe (vingt-quatre numéros en dix ans), Midi-Minuit fantastique s’impose comme l’organe de référence pour qui aime le cinéma en toute liberté.

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Fondée par Michel Caen, Alain Le Bris, Jean-Claude Romer et Jean Boullet, cette revue est une mine d’or pour qui souhaite découvrir – les articles sont signés quelquefois/souvent par des plumes illustres – le cinéma fantastique, c’est-à-dire éminemment érotique, c’est-à-dire libertaire.

« La Hammer, le gothique italien, l’épouvante américaine sont à l’honneur. Dracula et Peeping Tom deviennent les héros noirs d’une contre-culture qui annonce mai 68 et la libération sexuelle. »

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Appelé cinéma bis, cinéma d’auteur ou cinéma underground, le cinéma fantastique inventé durant la décennie 1962 à 1972, est ainsi décrit avec brio par Barbara Steele (préface) : « Toute l’atmosphère était pénétrée d’une aura de sexualité, de terreur et de superstition. Ces films ressemblaient à des jeux d’ombre sur l’inconscient. Il s’agissait de films pratiquement muets dans lesquels le récit était presque inutile mais leur beauté visuelle était si profonde qu’elle saisissait l’auditoire à un niveau inconscient antérieur au langage. »

Apparaissent alors comme de bons diables sortis de leurs boites Riccardo Freda, Mario Bava, Terence Fisher, Roger Corman, William Castle, Don Chaffey, et tant d’autres réalisateurs de génie à montrer de toute urgence aux jeunes générations aveuglés de produits toxiques.

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Des titres ? The old dark House, Paranoiac, Kiss of the vampire, L’effroyable secret du docteur Hitchcock, Le mannequin, Torticola contre Frankensberg, Le Seigneur des mouches, Tales of terror, Curse of the demon, Jack the ripper, Les étrangleurs de Bombay, Teenage doll, films écrits, réalisés, joués par des héros généralement oubliés.

Le cri de la chair, de José Bénazéraf avec la sublime Monica Just sortant de l’eau en se cachant à peine les seins de ses mains fines.

Madame de Coventry, d’Arthur Lubin, où Maureen O’Hara traverse la ville de Coventry à cheval, vêtue de sa simple chevelure.

The two faces of Dr Jekyll, de Terence Fisher, où la danseuse Norma Marla joue avec un serpent glissant entre ses cuisses ouvertes.

Eve avait l’éclat métallique de l’été, de Frank Verpillat, où la démone Sylvie Bréal offre aux voyeurs une poitrine à se damner.

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Notre époque est désormais si laide et cynique, que la beauté parfois perverse de ces films innocents est un bain de jouvence.

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Midi-Minuit fantastique, volume 2, intégrale augmentée sous la direction de Michel Caen et Nicolas Stanzick, préface de Barbara Steele, éditions Rouge Profond, 2015, 752p  

Site des éditions Rouge Profond

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Signalons la parution confidentielle d’un petit ouvrage rouge autoproduit à l’esprit dadaïste (cent exemplaires, textes de Vincent Bastin, conception graphique Anatole Lachassagne), L’homme cinéma, dédié à la mémoire de l’excellent et très regretté cinéaste belge de l’absurde, Jean-Jacques Rousseau (1946-2014).

On peut y lire notamment : « Jean-Jacques fut pour moi l’une des plus belles rencontres. D’une humanité incomparable, il est, à ce jour, l’un des seuls artistes francophones à s’être ouvert sans hésitation à la nanolittérature. »

Souhaitons que l’aventure continue, et que des braises du cinéaste de Souvret, ami dont les lettres et collages enchantaient mon quotidien, surgisse un nouveau Titan du septième art invisible.

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