Transbordeur, revue considérable d’histoire de la photographie

a014361

Sur le front de la recherche photographique, la création d’une nouvelle revue aux qualités immédiates dès le premier feuilletage est une excellente nouvelle.

Publié avec une grande élégance par les éditions Macula, le premier numéro de Transbordeur, revue annuelle dirigée par Christian Joschke et Olivier Lugon, donne envie d’interrompre sur le champ toutes nos activités, et de plonger pour quelques heures, pour quelques jours, dans le dédale de ses quinze articles très denses.

Alors que la folie iconoclaste ravage le Moyen-Orient, la couverture est un manifeste, qui montre la splendeur de la grande mosquée de Samarra, en Irak – endommagée par une bombe en 2005 -, dont le minaret en spirale hélicoïdale est une vis vertigineuse menant tout droit des califes abbasides au chignon de Kim Novak dans le film en forme de ziggourat du catholique Alfred Hitchcock, Vertigo (1958).

Intitulé « Histoire secrète », la première livraison de Transbordeur. Photographie, histoire, société, consacre un important dossier, pensé par Estelle Sohier, Olivier Lugon et Anne Lacoste, aux « Musées de photographies documentaires », mais aussi des sections dédiées à la traduction de textes de chercheurs internationaux, des comptes rendus d’ouvrages très précis, et des analyses de fonds d’archives photographiques.

eb8de45812068515fd5230ad7ec6e7b3

Dès la fin du XIXème siècle, différentes institutions ont pris soin de collecter la déjà immense production d’images fixes ou animées en cours. Seront ainsi analysés les fonds iconographiques de la Bibliothèque de Genève (« L’œuvre des Boissonnas », par Nicolas Schätti, forte de plus de 200000 images), mais aussi les Archives de la planète créées par Albert Khan (article de Valérie Perlès, directrice du musée départemental Albert Khan à Boulogne-Billancourt), parmi plusieurs autres contributions de haut vol : le rôle des photographies dans le développement du concept d’histoire locale, par l’anthropologue et historienne Elizabeth Edwards, le cas du Musée des photographies documentaires de Paris en tant que lieu, par la chercheuse Eléonore Challine, « les plaques de projection pour l’enseignement de la société Ed. Liesegang en Allemagne avant 1914 », par Frank Kessler et Sabine Lenk.

Impossible de tout citer tant la richesse des sujets proposés par les intervenants est considérable. La doctorante Alessandra Ronetti réfléchit au chromatrope et au « pouvoir suggestif de la couleur en France au XIXème siècle ». L’historien des arts africains envisage la question du « portrait photographique funéraire chez les Ewé » avec beaucoup de brio. Bernd Stiegler présente Frank Bunker Gilbreth, « le Taylor de la photographie ».

Cap fixé par le texte inaugural : « Pour penser cette pénétration de la photographie dans les diverses activités humaines, il nous faut élargir le régime traditionnel de l’histoire des représentations et des formes artistiques, explorer les composantes sociales et techniques de la culture visuelle, et nous intéresser aux moyens de capture et de dissémination offerts par le médium photographique dans son rapport aux autres médias. L’histoire de la photographie, c’est l’histoire des usages de la technique pour rendre visible le monde sur différents supports et dans différents formats, mais aussi pour reproduire les images elles-mêmes, en permettre le regroupement, la diffusion et les emplois multiples. Il est nécessaire pour cela d’élargir l’étude des représentations aux dispositifs qu’elles mettent en œuvre, à l’économie de la production et de la circulation des masses visuelles. »

351

Faisant référence au pont Transbordeur de Marseille (construit en 1905), cette revue a pour ambition de multiplier les points de passage entre le passé et le présent, dans une façon résolue et savante de traverser les frontières.

Le programme, passionnant, des trois prochains numéros est déjà établi, mais, patience, vous en saurez davantage au fur et à mesure de leur publication. Janvier 2018, janvier 2019, janvier 2020, le futur est désirable.

« C’est parce que depuis une trentaine d’années nous avons dépassé l’idéologie des images comme expressions des consciences individuelles qu’il faut désormais nous intéresser aux constructions collectives et techniques qui en déterminent l’existence sociale. »

1540-1

Revue Transbordeur. Photographie, histoire, société, éditions Macula, 2017, numéro 1, 236p  

Site des éditions Macula

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s