Les autoportraits baroques d’Angelica Liddell

 

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Qui a déjà vu sur scène Angelica Liddell sait que l’Espagnole ne triche pas avec le don de soi, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’extase, jusqu’au malaise de qui la contemple, souvent fasciné ou indigné.

Auteur, metteur en scène, comédienne jouant/performant ses propres textes, Angelica Liddel met à nu la violence régissant le corps social en s’exposant totalement, brutalement, dans une attitude où le sacrifice rejoint la rédemption.

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Parcourant l’Europe, ses mises en scène sont des épreuves infligées à qui se soutient du mensonge de la pacification pour éviter de se poser la question du mal et de la sainteté.

La proximité de la mort et de la jouissance des mystiques est ainsi une évidence pour qui écrit la formule magique/ésotérique « Mes yeux, blancs comme ton sperme ».

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Dans une série d’autoportraits baroques, publiés dans un livre dont le titre est un chemin d’espérance paradoxale, Via Lucis (Les Solitaires Intempestifs, 2015), l’artiste radicale se met en scène dans des postures où le corps exprime aussi bien la martyre que la pénitente.

« Le sacré est le grand défi lancé à la raison, le défi dans lequel réside, selon Blake, l’Energie Primordiale, la véritable transgression de la loi. »

Sur fond noir, très noir, dans des tableaux évoquant la peinture du Siècle d’or espagnol (Ribera, Zurbaran, Murillo), les seins le plus souvent nus, Angelica Lidell offre au regard du spectateur aliéné aux sous-produits visuels, l’anti-Spectacle majeur d’une Marie-Madeleine à la lame de rasoir, d’une Sainte Agathe au bandeau taché de sang, d’étouffées de toutes sortes (par voile, chapelet, cravate, ceinture, végétaux).

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Il y a chez l’auteur du Cycle des résurrections une volupté dans la cruauté infligée à sa propre chair, un goût du morbide et du bizarre (des insectes en plastique sont posés sur la peau, des ciseaux ouverts s’approchent des lèvres de la bouche),  d’autant plus saisissant que la délicatesse de la composition frappe les sens (grappes de raisins, fleurs, fruits, harmonie des couleurs, somptuosité de gants bleus habillant un corps nu).

Si le suicide est évoqué (par médicaments ou pendaison), c’est qu’Angelica Liddell aspire à la renaissance, à se décréer pour se recréer.

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Baudelaire est cité, explicitant le projet esthétique de la performeuse : « L’Espagne met dans la religion la férocité naturelle de l’amour. »

Transformer la souffrance en sublime.

N’être rien, pénétrée et pourtant intouchable.

S’anéantir en l’homme possédant chaque orifice.

Entrer dans la nuit sexuelle et ne plus en sortir.

« Plus tu tranches dans ma chair / plus tu me complètes. »

Sous la gaze noire, cette interrogation : « Pourquoi devrais-je avoir, moi, plus de force que le Fils abandonné par le Père ? »

Si vous voyez Angelica Liddell avant moi, offrez-lui de l’or, de l’encens, et de la myrrhe.

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Angelica Liddell, Via Lucis, Editions Les Solitaires Intempestifs, en coédition avec Editorial Continta Me Tienes, édition bilingue, traduction française (espagnol) par Christilla Vasserot, 2015, 170p

Editions Les Solitaires Intempestifs

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