Les mots à la bouche, des catins, roulures, saintes déchues et femmes du monde

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Contrairement à ce que pensent généralement les historiens, la Belle Epoque ne commence pas en 1879, mais avec la première de La Vie parisienne d’Offenbach à Paris, le 31 octobre 1866.

Imaginons en effet Gardefeu, Bobinet, leur amante Métella, et la comtesse Diane de la Roche-Trompette, comme les parangons d’une époque où les mots fleurissaient d’autant plus qu’il servait d’excipient majeur au plaisir des corps, et qu’on ne pouvait faire l’amour sans désirer que la bouche ne jouît aussi.

Les femmes du monde se comportent comme des catins, les gantières jouent aux filles de joie, les domestiques se prennent pour des vicomtes, tout va bien, madame la marquise, tout va très bien, vraiment, vraiment.

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Livre joliment édité – couverture rose qu’orne une écriture en relief appelant le toucher, noir du texte piqueté de rouge comme les joues d’une jeune fille au moment de la pâmoison – Du couvent au bordel, de Claudine Brécourt-Villars, amie de la libertine Régine Deforges, est un dictionnaire savoureux consacré aux mots et expressions du « joli monde » (sous-titre de l’ouvrage), troussé avec élégance, et efficacité (définitions, citations, synonymes, liens).

Rétablies dans la dignité de leur langue scandaleuse, les prostituées et autres filles de noce y apparaissent ainsi drapées du génie verbal qu’elles suscitent ou déploient.

Un proxénète (Prosper, souteneur ou mac à dames) supposé : « Monsieur le commissaire de police, je gagne honnêtement ma vie par mon travail journalier, et jamais je n’ai d’argent des pouffiasses. »

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Les vierges folles, vestales, traînées, soupeuses, rouchies, nuiteuses, rôdeuses, putains, salopes, poules, pierreuses, gigolettes, lorettes, grisettes, musardines, laitues, louves, grues, morues, chiennes, garces, gaupes, gerces, filles de joie, publiques, à parties ou d’amour se retrouvent peut-être dans la rue, ou sous l’œil expert d’un spécialiste des maladies vénériennes, mais surtout dans ces multiples bordels, lupanars, maisons de tolérance (close/d’abattage/de rendez-vous), bobinards, temples de Cythère, hôtels de passe, clandés, claques ou clapiers, qu’aura compté notre pays avant la loi dite Marthe Richard du 13 avril 1946.

Des chiffres ? « En 1946, Paris comptait 7000 pensionnaires réparties dans environ 180 maisons officielles et, selon le commissaire Jacques Arnal de la brigade mondaine, on trouvait à leurs côtés 6000 « soumises », 3000 « insoumises », 15000 souteneurs et environ, chaque soir, 50000 clients à leur recherche. »

Mais revenons au plaisir des mots.

Une escaladeuse de braguettes ? « Fille qui officie de façon expéditive sous les portes cochères. »

Une bouchonneuse ? « Appellation argotique attestée au milieu du XXème siècle, appliquée à la prostituée rémunérée aux bouchons des bouteilles de champagne vendues aux clients, en particulier dans les bars américains des années 1970. »

« Un barbillon ? « Dérivé de barbeau, peut-être influencé par le verbe barboter, « qui ne sait pas encore nager », attesté en 1837 dans Les Voleurs de Vidocq. Se dit du souteneur sans expérience. »

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Livre à offrir aux enfants et petits-enfants ne connaissant plus du monde que sa moralisation forcenée, Du couvent au bordel est autant un glossaire, qu’un précis de navigation en eaux troubles, qu’il convient de posséder, et tenir devers soi comme un écu, avant que de ne passer pour le plus niais des gourgandins.

Parole de Brésilien (La Vie parisienne) : « Et je viens pour que tu me voles / Tout ce que là-bas j’ai volé ! »

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Claudine Brécourt-Villars, Du couvent au bordel, Mots du joli monde, La Table Ronde, 2017, 288p 

Site des éditions La Table Ronde

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