Edwarda, la beauté sereine d’une comtesse aux pieds nus

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Edwarda était une jeune fille habillée de gaze, c’est désormais une comtesse aux pieds nus.

Edwarda est une revue toujours aussi désirable, mais autrement. L’érotisme était sa manière première, avant que ne s’émancipent les phrases de la seule attraction des corps et de l’aimantation des regards.

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Si son douzième numéro, au sous-titre très inspirant, « Débuts et fins », est moins espiègle que l’ensemble des précédents, c’est qu’il cherche davantage l’épanouissement, l’approfondissement de la pensée, que les marivaudages faciles.

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Moins de déshabillages séducteurs, mais plus de trouble féminin, plus de complexité, plus de mise à nu de l’âme, plus de courage dans le dévoilement de l’intime.

Est-ce l’âge de raison ?

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Sa conceptrice et rédactrice en chef, photographe, de plus en plus écrivain, s’en explique : « Plus envie, en moi, d’inventer des créatures de papier glacé, des fatales en celluloïd qui n’existent que dans l’espace-temps d’une séance. Et besoin, en revanche, d’aller plus loin, d’entrevoir la femme vraie – de fixer son passé et son futur ; d’entendre ses secrets et ses sanglots ; de découvrir ceux et celles qui l’ont aimée ou blessée. J’avais besoin, soudain, de traverser avec des mots les récits qui tissent l’âme d’un être de chair et de sang. »

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Au sommaire de cette nouvelle livraison très attendue, les complices de toujours (John-Jefferson Selve, Yannick Haenel, Dominique Ristori, Mathieu Terence, Georgina Tacou, Véronique Bergen), et quelques nouveaux, histoire de ne pas s’embrasser en rond, de créer de nouvelles géométries sensibles (Isadora Chen, Sinziana Ravini, Henry Roy).

Yannick Haenel, le clinophile heureux, ouvre le bal, avec une apologie du désœuvrement, fidèle en sa radicalité au communard et gendre de Karl Marx, Paul Lafargue (Le droit à la paresse, 1880/1883), qui est un nom à sa mesure.

Vous déclarez que l’oisiveté est mère de tous les vices ? Tant mieux, nous n’aimons ni la moraline, ni l’air stupide des amis de Monsieur Thiers, et préférons la joie archaïque de brûler, en dansant comme des singes, tous les agendas.

Un enfant naît, le temps se rétrécit, le temps s’ouvre. Nous sommes à Florence, à Paris, à Brest. Une petite fille joue, crie, ne dort pas : « Les gens fatigués savent quelque chose que les autres ignorent. »

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Henry Roy (deuxième article) évoque la fragilité du photographe au moment de la prise de vue, sa transe calme, sa façon tigre de bondir dans les brèches du narcissisme de son modèle, de désirer au suprême la proximité de l’abandon et de la gratitude : « Une séance de portrait réussie favorise le rapprochement entre humains. Lorsqu’elle prend fin, modèle et photographe ont conscience d’avoir défié, d’un commun accord, les lois de l’attraction. »

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L’éditeur et journaliste Jean-Paul Enthoven livre en dix points brillamment enlevés un De l’amour personnel, entre fin’amor (début) et « langue de la fin de l’amour », convoquant dans un vertigineux précipité d’histoire littéraire aussi bien Casanova, Don Juan, Madame de Lafayette, Platon, que Lacan, Aragon et Tolstoï.

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Pour la traductrice de Joyce, Georgina Tacou – celle par qui l’iconoclastie arrive – l’offrande de la nudité est moins une affaire de peau, que de mots.

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Sinziana Ravini rêve quant à elle, couchée sur un tapis persan, à « une société secrète féminine, pour les femmes aussi bien que pour les hommes », invitant par exemple Nicolas Grimaldi à la retrouver pour lui parler en sage de Proust (nom de ralliement pour la plupart des invités ici réunis) et du destin inattendu de ses personnages : « Tout le malentendu vient sans doute d’avoir pris un besoin pour un désir, un désir pour de l’amour, et la fin d’une souffrance pour le commencement du bonheur. »

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Avouons-le, la qualité des textes habillant la comtesse est remarquable. Des noms se dressent (Thibault Capéran, père et roi), des noms insistent, en prose ou poésie (Mathieu Terence), des noms se créent (Selve-Faulkner) pour rebâtir en tremblements de papiers le phare d’Alexandrie de nos nuits sans sommeil.

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Edwarda, ou la volupté des temps défaits/rassemblés, propices à la refondation de tous les enchantements.

Proust, encore, cité par Véronique Bergen : « L’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose. »

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Henry Roy, John-Jefferson Selve, Jean-Paul Enthoven, Dominique Ristori, Thibault Capéran,Yannick Haenel, Sinziana Ravini, Isadora Chen, Sam Guelimi, Georgina Tacou, Mathieu Terence, Nicolas Grimaldi, Véronique Bergen, revue Edwarda, numéro 12, mars 2017

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