Musiques françaises, revue L’Infini, étude 138

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Portraits multiples de la somptueuse pianiste Martha Argerich, extrait du dernier roman de Philippe Sollers, Beauté, étude sur la fin de Rigodon par Dominique Brouttelande, la musique irrigue le dernier numéro de la revue L’Infini.

En janvier 1961, interviewé par Julien Alvard peu avant sa mort, Louis-Ferdinand Céline déclare : « Comment je me suis intéressé à cette question du style, parce que je suis toujours en train de trifouiller des phrases. Un musicien ne laisse pas les sons tranquilles, un peintre ses toiles, un chimiste… »

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En 2009, Philippe Sollers, « L’Eveilleur » (texte élogieux de Jean-Hugues Larché), lance à Philippe Lejeune : « Ce n’est pas que je fasse le roman de l’écriture qui s’écrit, comme on l’a cru, mais tout simplement que suivant une indication fondamentale de Heidegger, j’essaie d’amener « la parole à la parole en tant que parole », ou « l’écriture en tant qu’écriture par l’écriture ». Je ne fais pas semblant de ne pas écrire ce qui est en train de s’écrire. »

Relisant The Naked Lunch (1959) avec les yeux de Marcelin Pleynet (fameux texte paru dans Tel Quel en 1964) et de J. G. Ballard (article Terminal Document, 1966), Patrick Amine se souvient de The Limits of Control (Burroughs, 1975, inspirateur de Deleuze) : « Mais les mots sont encore le principal instrument de contrôle. Les suggestions sont des mots. Aucune machine de contrôle inventée jusqu’à ce jour n’a pu opérer sans les mots, et toute la machine de contrôle qui tente de le faire en s’appuyant entièrement sur la force ou entièrement sur le contrôle physique de l’esprit va vite rencontrer les limites du contrôle. »

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Jean-Jacques Schuhl, enfant juif, père raflé : « Je ne me suis jamais senti en règle. »

Bertrand Bellamy (article « Une source de Lautréamont ») : « La haine du Grand Style a la dent dure ; je répète, la haine du Grand Style a la dent dure. »

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Imaginer le médecin, l’écrivain, Victor Segalen en 1917 à Shanghai, recrutant de la main-d’œuvre pour remplacer dans les usines et les champs les soldats français combattant contre les Allemands, par exemple le grand-père de l’auteur de Le petit côté (un hommage à Franz Kafka), Jean-Michel Lou, avouant : « On ne sait rien sur rien. »

Plus loin : « Nous ne savons rien au fond de Victor Segalen, ce Breton obstiné qui trace ses cercles questionneurs de par le monde, cherchant son Graal jusqu’en Chine, pour finalement revenir au point de départ, semblant mettre en scène sa mort, bloqué par l’orage et une mauvaise plaie à la jambe, le livre d’Hamlet ouvert sur ses genoux, dans la forêt de Brocéliande. » C’était celle de Huelgoat. Thèse du séminariste : Segalen, c’est mal écrit. Trop dépressif ? Alors que Claudel, ça semence, ça semence.

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Jacques Lacan à propos du « théoricien » Sade, l’anti-Wittgenstein, le 21 janvier 1970 (séminaire L’Envers de la psychanalyse) : « C’est bien pourquoi il est clair au plus intelligent des matérialistes, à savoir à Sade, que la visée de la mort, ce n’est nullement l’inanimé. »

Le gnostique Paul Valéry : « L’univers est un défaut dans la pureté du Non-être. »

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Commentaire de Jacques Lacan (Ecrits) : « Je suis à la place d’où se vocifère que « l’univers est un défaut dans la pureté du Non-être ». Et ceci non pas sans raison, car à s’y garder, cette place fait languir l’Etre lui-même. Elle s’appelle la jouissance, et c’est elle dont le défaut rendrait vain l’univers. »

Commentaire du commentaire, par Eric Marty : « La Loi est ce qui nous protège de la jouissance en l’interdisant, à ceci près qu’il y a, sans cesse pour heurter la Loi, des sujets égarés, de Sade à Antigone, pour ouvrir par-delà la Loi le sujet humain à la vision extatique de la Chose, promettant donc que la « seconde mort » est à notre portée, travaillant donc à s’inscrire quelque part une place pour la jouissance, une place où faire languir l’être. »

Au début est le verbe.

Ça débute comme ça.

Ça finit comme ça.

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Parole de Sollers, amateur du Yi King (texte informé de Yuning Liu) : « Lisa du matin, Lisa de l’après-midi, Lisa du soir. Elle a du temps, elle n’a pas de temps, elle est loin, elle me téléphone, elle est de retour. Elle était au Japon, en Angleterre, en Hollande, elle arrive d’Allemagne, elle est à Paris pour moi. Elle me raconte. Elle ne me demande pas ce que j’écris, elle vérifie juste que je suis en train d’écrire. Elle se fout éperdument du « milieu littéraire », et le « milieu musical » l’exaspère. Allons, c’est l’époque, passons et jouons. »

Qui a osé dire que L’Infini n’est pas, encore et toujours, la meilleure revue du moment ?

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Revue L’Infini, Hiver 2017, numéro 138, 128p

Revue L’infini – Gallimard

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Fabrice Guénier dit :

    Blog toujours passionnant et permettant chaque jour de faire des découvertes. Merci Fabien ))

    J'aime

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