Le dessin comme souveraineté, par Françoise Vanneraud

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copyright Françoise Vanneraud / La Galerie Particulière

Pour Françoise Vanneraud, le dessin n’est pas une petite affaire personnelle, mais une recherche concernant la structure même du vivant, qui est du mouvant.

Produit par la main, il est producteur de réalité, et s’émancipe de qui tient le crayon, force qui va, savoir sans maître.

Les dessins de Françoise Vanneraud sont des planètes en expansion, d’abord posées sur les murs, ou sur tout espace ne craignant pas de les accueillir, avant que de proliférer sans retenue, se transformant en volumes, concrétions inédites, bizarreries géologiques, fétiches jusqu’alors inconnus.

Le trait devient objet, le noir et blanc devient couleurs, le presque rien devient un presque tout, sans que l’on sache vraiment, après quelques minutes de contemplation, qui engendre qui.

Partant du dessin pour embrasser le volume, ou abandonnant l’objet pour entrer dans un cosmos de traits ayant lui-même ses propres lois de profondeur, l’œil entraîne l’esprit qui entraîne le corps qui entraîne le basculement des espaces et des règnes.

Des fougères, des glaciers, des roches, des astres, une nuit fondamentale.

Nul doute, le monde dans lequel pénètre le regard est un monde premier, d’avant les catastrophes, ou de refondation, après quelque destruction majeure ayant effacé de la surface de la Terre ses derniers habitants.

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copyright Françoise Vanneraud / La Galerie Particulière

Silencieux, les paysages de Françoise Vanneraud bruissent pourtant de paroles à venir, considérables, prophétiques, comme le cri rassemblé d’orfraies quittant quelques instants leur ermitage pour inventer le concert des temps nouveaux.

Le cadre pose les conditions de son débordement, fenêtre sèche emportée par les eaux du sublime, en ces heures de travail où l’artiste ne craint plus d’être une romantique allemande égarée dans le labyrinthe d’un présent asphyxié.

La frontière est un amer, qui permet au navigateur de ne pas sombrer, au promeneur d’établir des lignes de perspectives, et de se donner l’illusion d’être lui-même l’un des points de fuite d’un territoire sans fin.

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copyright Françoise Vanneraud / La Galerie Particulière

Un personnage s’avance, seul, intimidé, craignant d’abord de troubler la paix des lieux. Il ramasse un caillou, le garde quelques instants dans la main, poing fermé, poing tendu, ressentant profondément la morsure de ses aspérités.

Dans un geste iconoclaste, il le jette soudain violemment contre le dessin, qui l’absorbe aussitôt en une pluie de traits, et l’intègre à la composition générale.

Le vandale se retourne, gêné, révélé, puis ouvre la porte de la galerie dans laquelle il était entré. Il s’en va.

Là-bas, là-haut, dans le lointain si proche du hors-monde imaginaire de Françoise Vanneraud, les ombres remuent, joueuses et puissantes, en attente d’autres expériences dont elles feront un festin.

                                                                                                                                             Fabien Ribery

Ce texte accompagne les visiteurs de l’exposition Géographie instable, de Françoise Vanneraud, à La Galerie Particulière (11, rue du Perche, Paris) visible du 16 mars 2017 au 15 avril 2017

Site de Françoise Vanneraud

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