Séoul, cité de plasma, par le photographe Denis Bourges

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copyright Denis Bourges / Tendance Floue

Onzième titre de la collection « Villes mobiles » – après Rome, Bucarest, Montreuil, Beyrouth, Venise, Saint-Malo, Fukuoka, Rabat, Marseille, New York – imaginée par les éditions de Juillet (Chantepie, près de Rennes), Séoul is watching me offre une déambulation dans la capitale coréenne en cinquante images prises, c’est la contrainte de la collection, au téléphone portable.

A l’instar de Françoise Huguier montrant dans Virtual Séoul (Actes Sud, 2016) une ville fascinée par les nouvelles technologies, empire où l’omniprésence des caméras de surveillance, des smartphones et des écrans publicitaires organise, ponctue et contrôle le champ de perception quotidien, les auteurs de Séoul is watching me ont été saisis par le paradoxe d’une capitale où la survivance de traditions séculaires se heurte à la fureur d’un capitalisme remodelant les espaces publics selon la logique d’une visibilité obligatoire.

On se souvient peut-être de la célèbre formule d’Andy Warhol, prophète des temps nouveaux : « Il est trop tard pour avoir une vie privée. »

Désormais, être, c’est être vu.

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copyright Denis Bourges / Tendance Floue

Que voit-on lorsque nous regardons l’écran de notre téléphone ? La mort au travail ? La volupté baroque des apparences ?

On capture en images, on multiplie les selfies, on s’enchante d’extases moyennes.

Que deviendront ces jeunes filles en costume traditionnel ?

Où courent ces hommes impeccablement vêtus devant les buildings du succès économique ?

Pourquoi la foule attendant l’ouverture d’un magasin de mode paraît-elle si inquiète ? Les acheteurs seraient-ils aussi de possibles émeutiers ?

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copyright Denis Bourges / Tendance Floue

Quelquefois, souvent, l’incongruité des situations montre que quelque chose cloche, qu’il y a comme un air de folie dans le paysage, et que les morts-vivants n’en ont pas fini avec l’ironie.

Des employés surmenés du vide en habits de cosmonautes jaunes. Un homme donnant l’impression de voler en traversant la chaussée (un fantôme noir), un autre, de dos, vêtu d’un imperméable (un tueur à gage). Des grappes de cadenas roses accrochés à une barrière, telles des métastases pop. Une jeune femme obèse à la langue d’iguane. Les dents irrégulières d’une inconnue riant aux éclats. Un homme portant une brosse sur le front attachée par une bande de tissu.

Ne croyez pas que Denis Bourges, membre du collectif Tendance Floue (Thierry Ardouin, Mat Jacob, Bertrand Meunier, Caty Jan, Patrick Tourneboeuf…), aura cherché le pittoresque à tout prix. Non, le décalage est dans l’essence même d’un peuple cherchant à garder sa dignité quand les marchandises de l’hyperconsommation mondialisée acquièrent plus de valeurs que leur pauvre corps, réifié, avalé, dénié.

Au pays de la tyrannie des apparences, le moindre geste libre apparaît ainsi comme une tentative héroïque de renverser le maléfice de la disparition du monde sous les artefacts et les dispositifs.

Laetitia Guillemin : « Diabolique, j’observe, absorbant toute la détresse du vide. »

A la fin des temps – c’est demain -, quand seront exposés côte à côte l’ensemble des livres de la collection « Villes mobiles », le damier qu’il composera donnera l’idée du tapis maçonnique de la postmodernité.

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Séoul is watching me, photographies de Denis Bourges, textes de Laetitia Guillemin, Les Editions de Juillet, 2016, 92p – 50 photographies

Découvrir le travail de Denis Bourges

Site des Editions de Juillet

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