Lieux de sexualité entre hommes, par la photographe Amélie Landry

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copyright Amélie Landry / Agence VU’ / Les Chemins égarés

Les hommes qui draguent sont très souvent de vrais géographes, connaissant intimement les moindres recoins des territoires où abriter leurs amours éphémères.

Tels des orants tournant inlassablement dans le cloître d’un monastère, ils savent entrevoir la merveille dans le désert. Stratégie d’approche, leur circumambulation est façon de touiller la terre pour qu’en surgisse la faveur.

Beaucoup de déceptions bien sûr, mais, quelquefois, l’audace serre la gorge : ce qui vient est une promesse d’éblouissement.

Après un workshop avec le photographe Guillaume Herbaut (7/7, L’ombre des vivants, 2016, chroniqué ici même), Amélie Landry a décidé de mener l’enquête – cinq ans de tours et détours dans la France des zones sensibles -, et de livrer une « géographie sociale des lieux de sexualité entre hommes ».

En soixante-cinq photographies, accompagnées de témoignages précis, et de deux textes, de l’écrivain Mathieu Riboulet, et du socio-anthropologue Laurent Gaissad, la photographe belge offre aux non-initiés le spectacle superbe et étrange d’hommes, attendant, dans des paysages à la Corot, qui viendra les libérer du poids de leur désir.

La nature est puissante, parfois saccagée par le bétonnage des sols, où se rencontrent les hommes fauves.

Les chemins égarés
copyright Amélie Landry / Agence VU’ / Les Chemins égarés

Les dieux d’Ovide sont là, apparaissant à l’ombre d’un bel arbre, ou grognant de plaisir dans une maison en ruine.

Des tunnels, des sous-bois, des usines désaffectées, des aires d’autoroute, des parkings, des dunes.

Un sauna gay, un sex-shop, un cruising bar, le backroom d’un sex-club.

Nous sommes en Bretagne, dans le Limousin, en Aquitaine, dans les Pays de la Loire, en Midi-Pyrénées, en Normandie, dans le Languedoc-Roussillon, en Provence.

Quand la transparence est obligatoire, le trouble, l’opaque, génèrent des points de résistance.

Arnaud : « Le labyrinthe, c’est une prison. Quand on est face au Minotaure, on est face à soi-même. Face à ses propres démons et à ses peurs. Parce que marcher dans la nuit, c’est joli, même pour draguer, mais il y a cette peur à l’intérieur de soi, peur de qui on va rencontrer, peur de ne pas savoir dire non. »

Des corps occupent l’espace, parfois nus, disgracieux ou parfaits, transformant chaque lieu élu en territoire de mystères.

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copyright Amélie Landry / Agence VU’ / Les Chemins égarés

Alfredo : « Notre sexualité a été tellement civilisée que ce qu’on pourrait penser être des déviances sont simplement la réalité de ce qu’est la sexualité multiple. Par multiple, je veux dire qu’il y a énormément de façons de la vivre. Maintenant on sort, c’est plus facile de rencontrer des gens. Et finalement, d’avoir vécu comme des bêtes traquées, ça nous a rendu le monde plus réel. L’homme est un animal qui s’est civilisé. »

Qui a vu L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie (2013) reconnaîtra sans peine cette végétation de matin du monde où se cachent les amants, parmi bosquets et roseaux sauvages.

Dévêtus, vulnérables, des couples enlacés se présentent. L’union des peaux est l’état premier de la politique.

Luc : « C’est quand même paradoxal de ne pas avoir envie d’embrasser un garçon, et pourtant de lui faire une fellation. »

Ballet des corps, crainte des gendarmes, violence, douceur, saleté, beauté, courage. Solitudes.

Mathieu Riboulet, impérial, sensible, émouvant : « On va chasser, le registre est celui de la bête. Le registre des choses que l’on s’apprête à faire, le registre des mots employés pour les dire, sont registres de bêtes. Et c’est ce qui dégoûte, toujours et avant tout, les bien-pensants honnêtes, les bien-pensants retors, les ennemis déclarés : ce registre de bêtes auquel on a recours, qui dit mieux que personne d’où nous nous extrayons, où nous nous retournerons, désigne ce à quoi on se livre entre-temps, de la prédation pure, quel que soit le tissu que nous jetons dessus pour nous voiler la face. Or, ce qu’il s’agit de vaincre, c’est la bête, toujours, depuis toujours et pour toujours. Mais comme rien n’est gagné, jamais, il faut recommencer, encore. La bête en soi, bien sûr, est plus difficile à atteindre que l’autre, la bête hors de soi, à l’occasion immonde. Ceux qui ont pactisé avec la bête en eux, l’écoutent et font la part de ce qu’ils lui concèdent, sont bien souvent la proie de ceux-là qui ne voient d’autres bêtes qu’hors d’eux-mêmes et s’en font les chasseurs. Mais tout, toujours, est réversible. »

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Amélie Landry, Les Chemins égarés, Géographie sociale et sexuelle des lieux de sexualités entre hommes, textes de Mathieu Riboulet et Laurent Gaissad, éditions Le Bec en l’air, 2017, 184p – 65 photographies en couleurs

Site d’Amélie Landry

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