Surfaces et profondeurs du tout-paysage, Alexandre Hollan vu par Yves Bonnefoy

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Mouvement d’énergie dans un arbre, 2012, acrylique sur toile, 130 x 195 cm – copyright Alexandre Hollan

Alexandre Hollan peint des mystères très concrets, des présences, les formes du vivant.

Des arbres, des feuillées, des ramures, des pulsations et frémissements d’êtres, des points de passage entre le visible et l’invisible.

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Bord de la forêt, Bourgogne, 1978, fusain, 65 x 100 cm, détail – copyright Alexandre Hollan

Ouvrage reprenant dans l’ordre chronologique les neuf textes écrits par le poète Yves Bonnefoy sur le travail d’un peintre qu’il n’a cessé de fréquenter, Alexandre Hollan, trente années de réflexions, 1985-2015, est une œuvre ouverte, bien plus qu’une tentative d’épuisement d’un lieu.

Du silence, des sous-conversations, des indications.

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« Le Foudroyé », grand chêne vert, 2001, gouache, 65 x 100 cm – copyright Alexandre Hollan

Alexandre Hollan présente au poète venu le visiter ses amis, ses troubles, ses herbes démesurées aux troncs palpitant de vie, « Le grand chêne dansant », « L’Indomptable »…

Nommer, c’est déjà dessiner, avant que d’abandonner toute désignation pour le pur langage des signes sur la page, la feuille, la toile.

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Mouvement d’énergie dans un arbre, 2014, acrylique sur toile, 57 x 76 cm – copyright Alexandre Hollan

Mais, soyons plus précis. Qu’est-ce qu’une peinture, un dessin, un fusain, pour le Hongrois Alexandre Hollan ?

C’est le désert byzantin, peuplé d’orants parlant avec et par le vent.

C’est la persistance d’un désir de fond, perceptible jusque dans ses évanouissements.

C’est une communication profonde des règnes, les volumes de Morandi rencontrant les têtes ébouriffées de Giacometti.

C’est l’effroi de Goya face à ce qui s’avance sans ciller, et peut conduire aux lisières de la folie.

C’est la poésie même dans la levée des divinités au passage du regardeur abîmé.

C’est la recherche de l’unité plotinienne dans le frémissement des branches et l’effacement de soi.

C’est l’abandon du langage pour le poème de l’apparition des choses sans contour fixe.

C’est leur interpénétration dans un sentiment de continuité n’ayant pas de fin.

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Développement de la sensation du mouvement de vie, chêne, 2015, acryliques, [3] x 65 x 25 cm – copyright Alexandre Hollan

Premier essai, On sait beaucoup de l’œil et peu du regard… (1989) : « Hollan, à sa façon, est peintre d’icônes. Il cherche par quelle voie dans l’image notre rapport à la transcendance – ou l’immanence, comme on voudra – peut reprendre, malgré les mots qui ne savent plus ; par quel silence des formes l’apparence transfigurée peut poser à nouveau, pour un jour, sa main médiante sur notre épaule. »

L’arbre, le signe, la foudre (1992) : « L’arbre que dessine Hollan attend la foudre. »

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« Le déchaîné », grand chêne, 2007, acrylique sur toile, 160 x 240 cm – copyright Alexandre Hollan

La journée d’Alexandre Hollan (1995) : « Et l’on sent bien que le grand désir de ce peintre un peu, je l’ai déjà dit, cistercien, c’est d’atteindre à une « vibration » qui serait « proche de la monochromie ». »

Morandi et Hollan, entre perception et langage (2001) : « En somme l’arbre, ce seul objet de l’attention de Hollan tous ces matins et ces jours, a cessé d’être un objet. Et quant au dessin qui s’ouvre ainsi à cet invisible, c’est moins ce qu’on nomme une figure que la notation, tel un mandala, de ces mouvements du grand arbre, de sa présence à soi et au monde, c’est la reconnaissance de ses pulsions, de ses élans, je suis tenté de dire de ses sentiments, de sa générosité : celle-ci évidente dans l’accueil qu’il consent de faire à cet étranger qui veut sans rien y troubler s’établir dans les nappes profondes du grand silence. Hollan dessine moins qu’il n’est reçu dans une présence. Il y quitte le grand jour de l’été pour une lumière du dedans qu’évoque dans ses superbes lavis de brusques trouées de clarté dans les flaques noires de l’encre. »

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« L’Indomptable », grand chêne vert, 2003, acrylique,    57 x 76 cm – copyright Alexandre Hollan

L’arbre au-delà des images (2003) : « Pas de visages dans sa peinture, sauf, une fois, un autoportrait. Et rien dans ses paysages pour y établir le foyer d’une existence confiante, enracinée dans son lieu, et à même de convoquer, d’aimer, de rendre présents d’autres êtres. L’immédiat qu’il rejoint dans la couleur n’est dit, aux autres plans de sa recherche contradictoire, que par la violence des signes qui en attestent le manque. »

« La perception est aussi complexe que le langage…», 2008 : « En présence d’un arbre il fait jusqu’au plus intime de son rapport à soi le silence, dénouant les relations entre mots, oubliant ce qu’ils nous disent ainsi, et en lui c’est ainsi comme une vacance, un grand vide par où s’engouffre, irrésistiblement, la lumière. »

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Vie silencieuse, 1997, aquarelle, 57 x 76 cm – copyright Alexandre Hollan

« Chez Hollan l’approche de la réalité » (2009) : « Chez Hollan l’approche de la réalité hors du langage a lieu dans des peintures où il descend jusqu’au vertige dans l’abîme de la couleur sur des chaussons rouillés, des brocs, des fruits posés auprès de ceux-ci sur un fond délivré des dimensions de l’espace. Et ainsi la nature morte – il préfère dire « vie silencieuse » – exerce-t-elle à nouveau, comme chez Chardin, sa fonction de résurrection. »

Hollan à Chambord (2013) : « Tant mieux si les couleurs et les formes font bel effet sur le mur, mais ce n’est que la bogue qu’il faut briser pour accéder à l’amande. »

Hollan et Giacometti (2015) : « Hollan veut dissoudre son être personnel dans l’être plus englobant du monde naturel et cosmique : un non-être, pourrait-on dire aussi bien, mais positif, lumineux. Giacometti se cramponne à l’être de la personne, à son existence ici, maintenant, il ne veut rien savoir d’autre, la nature est pour lui un autre nom du néant. »

Entre Giacometti et Hollan, Yves Bonnefoy aura cherché toute sa vie à concilier visage et disparition, épiphanie et arrière-pays.

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Yves Bonnefoy, Alexandre Hollan, Trente années de réflexions, 1985-2015, préface de Jérôme Thélot, éditions L’Atelier contemporain, 2016, 150p

Editions L’Atelier contemporain

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