Traverser Rome avec Nanni Moretti

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A Rome avec Nanni Moretti, de Paolo Di Paolo et Giorgio Biferali, est un livre qu’on ouvre en souriant, parce qu’on sait qu’on y sera reçu en amitié, qu’on aime les prophètes farfelus chevauchant leur Vespa, et que la capitale italienne possède la folie salutaire qui nous manque parfois.

Rome est un scandale, capitale du catholicisme et cœur de l’Europe, passé qui ne passe pas, beautés fulgurantes.

Marcelin Pleynet, en novembre 2002 : « Le Porche de l’instant, tel que le définit Nietzsche dans son Zarathoustra, est partout, mais il est manifestement à Rome dans le fait de traverser la ville où vous rencontrez familièrement les ruines romaines… La ville aujourd’hui est construite à travers ces ruines-là. C’est ainsi que ce ne sont pas des ruines, mais des manifestations vivantes de ce qui a besoin de ce qu’est devenu Rome pour être et rester vivante. C’est vraiment ça l’instant romain : le sentiment que le passé est aussi présent que l’avenir, que l’avenir est présent, dans leur globalité virtuelle, en avant et en arrière. »

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Les films « romains » de Nanni Moretti sont au nombre de onze : Je suis un autarcique (1976), Ecce Bombo (1978), Sogni d’Oro (1981), Bianca (1984), La Messe est finie (1985), Palombella Rossa (1989), Journal intime (1993), Aprile (1998), Le Caïman (2006), Habemus Papam (2011), et Mia Madre (2015).

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A Rome avec Nanni Moretti se présente comme un jeu de pistes, commençant la présentation de chaque film par un gros plan sur quelques rues d’un quartier de la ville éternelle.

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Cherchant à saisir  « l’air du temps » à partir du climat et de la transformation des lieux, le cinéaste italien fait parcourir à sa caméra, depuis quarante ans, la géographie d’une ville envisagée non dans sa monumentalité, mais dans la somme des petits riens qui forment sa saveur.

Monteverde, Prati, Pinciano (Sogni d’Oro), Aventino, Monteverde, Monte Mario, Villa Borghese (Bianca), Borgata Gordiani, Casal Palocco, Coppede, Trastevere (La Messe est finie)…

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Rome serait-elle une ville autarcique ? Probablement, en ce qu’elle offre un cadre idéal à la mélancolie de qui en conçoit la part intimiste, telle une vaste chambre à coucher ensemble, pleine de promesses et pourtant impossible, écho de nos illusions perdues – fors la dernière victoire de l’AS Roma en Ligue des Champions – car Nanni Moretti filme un lieu, mais aussi le visage d’une génération pour qui la politique aura été un terrible désenchantement.

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Ecce Bombo ? « Une histoire de bancs. Celui de piazza dei Queriti et ceux – à presque six kilomètres et plusieurs photogrammes de distance – de la Villa Pamphili, autre décor romain du film. »

Les lieux de rencontres existent, certes, mais sur un fond d’incommunicabilité s’élevant entre les êtres, garçons et filles, tel un mur redoutable.

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Le choix du thème de Rome permet à Paolo Di Paolo et Giorgio Biferali de dresser un juste panorama de la poétique morettienne : ironie désabusée, solitude, indignation contre la vulgarité du spectacle, complexes divers, confessions, impossibilité du stoïcisme, sentiment d’implosion, décharge verbale/aphasie/silence, amnésie/hypermnésie, épuisement de la politique, perte du sens, goût de la danse, morale du cinéma, paternité, errance, « sentiment d’inadéquation ».

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L’épilogue est un entretien avec le cinéaste du Trastevere, intitulé « Rome, ma mère ». On peut y lire cette réponse elliptique, en forme de bel évitement : « Ce que j’aime à Rome, c’est la possibilité que me donne la ville de me promener à Vespa, et pas seulement l’été. Je peux errer dans la ville, sans but. Et puis il y a la lumière, celle de journées merveilleuses comme aujourd’hui, une lumière comme il en existe à mon avis peu au monde. Quant au rapport que j’ai avec Rome, je pourrais m’en sortir en vous disant que cette ville est comme une mère. Difficile de demander à quelqu’un quel rapport il a avec sa mère ! Une mère, c’est une mère, c’est celle qui vous a donné la vie. »

Ecrits au présent continu, les films de Nanni Moretti semblent n’avoir pris aucune ride, à l’image d’une ville où le brassage des temps et temporalités est si intense qu’il se pourrait bien qu’il abolisse la durée.

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Paolo Di Paolo et Giorgio Biferali, A Rome avec Nanni Moretti, traduit de l’italien par Karine Degliame-O’Keeffe, collection Quai Voltaire, La Table Ronde, 2017, 170p – 40 photos incluses.

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  1. L dit :

    Je vous aime pour cet article.

    J'aime

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