Photographier la vie nue, par J. H. Engström

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Ayant formé son regard en tant qu’assistant du photographe de mode Mario Testino, et du géant Anders Petersen – ils reçoivent pour From Back Home, ouvrage commun, le prix du meilleur livre d’auteur aux Rencontres d’Arles en 2009 -, le Suédois J. H. Engström compose des livres comme on écrit un journal intime en rassemblant des feuilles éparses jetées sur le parquet, sur un lit, ou dans la rue.

Ses images dansent, le mouvement, qu’il soit issu du montage ou provienne du moment de la prise de vue, est permanent, dans une façon d’embrasser les situations du monde sans hiérarchie apparente.

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Poésie des corps, vitalité désespérée, fête, déglingue de la vie nue, draps froissés, feux, solitude des objets.

Son premier livre, Trying to dance, salué immédiatement par Robert Frank, fut un coup d’éclat, qui l’imposa comme l’un des auteurs majeurs de sa génération – il est né en 1969.

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Il publie aujourd’hui, à partir de négatifs de cet ouvrage séminal, matriciel, Revoir – chez Journal, maison d’édition suédoise -, voyage dans le temps d’une œuvre ne cessant d’insister comme un éblouissement majeur.

Les images sont produites, sur une dizaine d’années (1990/2000), à New York, dans le Värmland en Suède, et au gré de ses séjours un peu partout en Europe. Des thèmes apparaissent, qui structurent depuis lors son travail : contact avec la chair des villes, dialectique rue/huis clos, centres urbains/campagne, nudité, masculine ou féminine, rencontre des corps.

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J. H. Engtröm est un artiste sensible à la matérialité du monde, à son architecture, à ses formes, à ses couleurs, à son possible évanouissement.

Ses personnages semblent étonnés d’être là. Ils ont fait l’amour, ou s’apprêtent à le faire, se sont réveillés tard ou n’ont pas dormi, et paraissent ailleurs, perdus dans leur mélancolie.

Engström est photographe, parce que voir le monde n’est pas une évidence, et que l’œil établit chez lui des réseaux de correspondances à la fois vertigineuses et structurantes.

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La peau d’une main photographiée en gros plan pourrait être celle du serpent au dos de la couverture.

Dans une grande variété de cadrages et de tons de couleurs, les images rassemblées dans Revoir sont comme les pépins d’une grenade ouverte, à la fois noirs de mystères et lumineux.

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Le photographe, ce passant, cherche à restituer, sur différentes portées musicales à la fois, qui sont le heurt de paysages très dissemblables, qu’ils soient ceux des visages montrés en gros plan, des reliefs d’un repas ou du pont métallique de Brooklyn, la sensation de la vie, son chaos, et sa logique interne non déterminable mais certainement perceptible aux esprits ultrasensibles.

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Le noir et blanc compose avec les couleurs délavées une série de natures mortes très émouvantes, inventant des fraternités inédites entre êtres ou choses.

Les autoportraits ne sont pas narcissiques. Ils indiquent simplement qu’ici, à tel ou tel endroit, quelqu’un a vécu, quelqu’un a jeté son corps dans l’existant.

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La banalité d’une fourchette, la grande beauté des modèles qui nous regardent sans ciller, une pauvre plante trouant l’asphalte, des gouttes de pluie sur la fenêtre d’une chambre d’hôtel, sont celles d’un sensualiste ne se racontant pas d’histoire sur la violence isolant les humanoïdes dans leurs tentatives d’union.

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Il y a du spectre dans son travail, de la sidération face à ce qui est, du bonheur à contempler les corps et les décors, et des cicatrices sous les paupières ouvertes.

J. H. Engström revient souvent à Paris, qui est pour lui bien plus qu’une ville, une seconde patrie, un terrain d’explorations géographiques et intimes formidable.

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L’ensemble de ses livres forment désormais une étreinte dont il est difficile de se passer.

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J. H. Engström, Revoir, texte de Christian Caujolle, Journal / Akio Nagasawa, 2016

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