Dormez en paix, nous ne referons plus l’erreur, poèmes de Hashizume Bun, survivante d’Hiroshima

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Les éditions du Cénacle de France (Avion, Pas-de-Calais) poursuivent de façon exemplaire leur exploration et la diffusion de l’œuvre d’Hashizume Bun, rescapée d’Hiroshima.

Après la publication en 2007 du récit autobiographique Le jour où le soleil est tombé… J’avais quatorze ans à Hiroshima, nous découvrons aujourd’hui, dans une belle édition bilingue comportant des calligraphies, Bleu d’Hiroshima, « poèmes d’une survivante », traduits par les passeurs Pierre Régnier et Kaeko Murata.

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Voici ce qu’écrit l’hibakusha Hashizume Bun dans la postface de Le jour où le soleil est tombé… : « Les bombardements atomiques ont été des tests effectués sur des êtres humains, in vivo. Grâce à des photos aériennes prises durant plusieurs jours, ils ont pu déterminer que c’était à 8h15 que la plus forte proportion de la population de la ville se trouvait à l’extérieur mais aussi, pour être certain que la bombe frappe le plus de monde possible, l’explosion a été déclenchée à environ six cents mètres du sol. Les bombardements atomiques furent des expérimentations pour tester la bombe à l’uranium (à Hiroshima) et celle au plutonium (à Nagasaki) ; pour étudier les radiations, le souffle, le rayonnement thermique et leur façon de se répandre, leur pouvoir destructeur et bien entendu les effets sur l’être humain. »

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Puisque nous ne sommes pas sortis, loin s’en faut, de l’ère nucléaire, il importe, encore et toujours, de faire connaître les ravages épouvantables de l’arme atomique, et de méditer sur la puissance du mal.

Depuis plus de vingt ans, Hashizume Bun parcourt inlassablement la planète pour témoigner de son calvaire et des souffrances de son peuple, donnant de nombreuses conférences, mais lisant aussi ses poèmes d’effroi.

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Le corps d’un petit garçon en feu.

Ces formes, noires, tenant leurs intestins – des humains ?

« Ce devait être une matinée ensoleillée, mais il n’y a plus qu’un vaste silence couleur de cendres / Ce n’est pas la réalité »

Des âmes qui s’envolent, hésitent à partir définitivement.

Des yeux brûlés.

« Parmi tous ces gens couchés semblables à des paquets de chiffons carbonisés / Ne pouvant reconnaître sa propre fille / Le père, simplement / Passa son chemin, continuant ses appels déchirants / Kazuko aussi cria / Mais / De sa gorge brûlée aucun son ne sortit »

Tout est en feu, les oiseaux, les aimés, les écoliers, l’eau des sept rivières.

Peaux qui tombent en lambeaux.

Familles qui tombent en lambeaux.

« Cette nuit-là / La lune et les étoiles brillèrent abondamment/ La voûte étoilée, / Calmement se pencha sur nous / Ce ciel que l’on pouvait toucher du doigt / Déposa une douce brume blanche sur la terre / Un voile frais de rosée / Enveloppa doucement les corps calcinés / Recueillant leurs âmes errantes / Pour les conduire au ciel / Ô mon petit frère ! / Toi aussi / Avant l’aube naissante tu es monté au ciel »

Il pleut de la terre.

Il n’y a plus rien à manger.

On meurt de faim à Hiroshima.

Qui n’est pas orphelin ?

« Une mère qui a perdu la raison / Veut retirer son enfant du brasier / Un homme l’attrape dans ses bras pour la retenir / « Je sais que c’est dur, mais soyez forte ! / Moi, c’est ma femme qui est dans ce feu. » »

Qui prie encore ?

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« Faut-il vivre ? / Faut-il mourir ? »

Un professeur qui erre dans une fumée bleue.

Des voix.

« En ramassant le charbon, j’ai ramassé des os humains / Des os qui s’effritaient entre mes doigts / Dans cette plaine de décombres, personne d’autre que nous »

On trouve à Hiroshima un Bouddha en os.

C’est une petite statue méconnue qui fut réalisé avec les ossements de nombreuses victimes de la bombe.

C’est une arche, une porte monumentale permettant de sortir du maléfice.

« Ce qui a fait que j’ai pu vivre malgré toutes les séquelles et souffrances liées aux effets de la bombe, c’est que, dans la situation la plus extrême, j’ai été témoin de la splendeur et de la tristesse de l’amour humain ; la splendeur de la force vitale, je l’ai découverte grâce à cette unique touche de verdure d’un peu d’herbe qui repoussait sur la plaine calcinée ; j’ai pu comprendre la bénédiction que constituent le soleil et la pluie mais aussi que nous, les êtres humains, participons de la force vitale de la Nature et j’ai ainsi pu vivre de façon naturelle. »

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Hashizume Bun, Bleu d’Hiroshima, Poèmes d’une survivante, traduit du japonais par Pierre Régnier et Kaeko Murata, Editions du Cénacle de France, 2016, 114 pages

« Mon voyage où je sème des graines/ Approche de la fin. / Alors que le soleil couchant tombe sur les épaules de ma vie, / Je prie / Pour demain / Pour la sagesse et l’amour des êtres humains »

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Entendre Hashizume Bun dire ses poèmes sur le site librairiecirculaire.com

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