Casanova, jusqu’au point du jour, par Jean-Claude Hauc

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Casanova le vaurien, le séducteur compulsif, la terreur des familles, est un homme qui rend libre.

Avec lui, qu’il se rende à Saint-Pétersbourg, Paris, Genève ou Madrid, vous êtes toujours à Venise, c’est-à-dire « là-haut ».

Vous le connaissez de réputation, mais lisez-le, c’est meilleur encore, en son franco-casanovien délicieux, rapide, précis, ironique, malicieux, scandaleux.

Vous vous sentez mal, vous déprimez, votre libido est au plus bas ? La médecine est simple : lecture sans tarder des trois volumes de l’Histoire de ma vie en Pléiade (excellente édition du trio Furio Luccichenti, Alexandre Stroev, Helmut Watzlawick), puis plongée en apnée dans le Casanova l’admirable, de Philippe Sollers (Gallimard, 1998), avant de savourer les Miscellanées casanoviennes de Jean-Claude Hauc, dans la belle édition que consacre à ses recherches savantes et généreuses les désormais indispensables éditions lyonnaises Hippocampe.

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Un rapide coup d’œil aux titres des articles – pour la plupart inédits – met l’eau à la bouche : « Quel sangue… Quella piaga… »,  « Triolisme », « Che barbaro appetito », « Le comte de six coups »…

Casanoviste intarissable – à l’instar de la confrérie informelle des Chantal Thomas, Marie-Françoise Luna,  James Rives Childs – Jean-Claude Hauc aime son sujet comme on enquête sur l’origine de son propre désir.

Né dans une famille de comédiens, Casanova, sauvé du sang (des hémorragies nasales à répétition), élu des eaux (de la sérénissime lagune),  tonsuré en 1740, frère d’un peintre de batailles célèbre (mais impuissant), mena une existence d’aventurier et d’escroc de haut vol, jouant de l’épée (douze duels victorieux) comme de son sexe, aspirant, par la franchise et la superbe de son art amoureux, à rendre les femmes heureuses, qu’elles soient filles, mères, ou nonnettes.

« Jouir et faire jouir, voilà je crois toute la morale. »

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Protégé du  célèbre Baffo, « chantre de la débauche joyeuse », du sénateur Bragadin, et de l’abbé de Bernis, ambassadeur de France à Venise, frondeur appréciant au suprême les instants de distillation, Casanova possède ce rire majeur caractérisant les esprits exceptionnels, célébrant l’instant en matérialiste conscient de sa chance, habile à « saisir l’occasion par les cheveux ».

Adepte des relations à trois, éducateur de jeunes filles, ne dédaignant pas les puissants arguments de la séduction masculine, l’autoproclamé chevalier de Seingalt, initié à la franc-maçonnerie à Lyon, est un homme des Lumières doté d’un appétit de découvertes (sciences, corps, magies) considérable.

Contraint de fuir plusieurs fois la ville géniale qui le vit grandir, Casanova n’eut de cesse de revenir en un lieu symbolisant la liberté merveilleuse à laquelle il est aisé de l’identifier – le récit de sa fuite de la prison des Plombs de Venise le rendit célèbre dans toute l’Europe.

« Virtuose de la fugue », « sorte d’évadé ontologique », Casanova est « un flux qui franchit les barrages et les codes », refusant selon une logique de survie intime la fixité et les lourds attachements  provoquant l’usure.

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Ce vagabond fut aussi un grand lecteur (l’Arioste, Pétrarque, Horace), réinventant sa vie par l’écriture lorsque l’époque de la grande conquête par le « suffrage à vue » fut achevée.

En 1791 : « J’écris ma vie pour me faire rire. J’écris treize heures par jour qui me paraissent très minutes. »

Lire dans la préface de l’Histoire de ma vie cet aveu, superbe : « J’ai toujours aimé la vérité avec tant de passion, que souvent j’ai commencé par mentir pour la faire entrer dans les têtes qui n’en connaissent pas les charmes. »

Casanava, ou l’assomption d’un nom par l’écriture.

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Jean-Claude Hauc, Miscellanées casanoviennes, Hippocampe éditions, 2017, 236 pages

Hippocampe Editions

Mais pourquoi s’arrêter là et ne pas prolonger la fête avec la lecture des Mémoires du Prince de Ligne, que les éditions du Mercure de France ont la bonne idée de republier dans une édition de poche préfacée par l’excellente Chantal Thomas ?

Prince de l’élégance – le rose est sa couleur – et des écarts, Ligne fut un homme du pur présent, désireux de célébrer l’instant avec une voluptueuse intensité.

Ami de Frédéric II de Prusse, de Catherine II de Russie, et de Casanova, qu’il rencontra chez son neveu le comte Waldstein, à Dux, dans son château de Bohême, alors qu’il occupait la charge de bibliothécaire, Charles-Joseph de Ligne, dont la vie fut un volcan (guerres, femmes, voyages), esthétisa son existence avec une souveraineté remarquable.

Chantal Thomas : « A partir de Beloeil [son château en Belgique], sa vie se déroule de fête en fête, de château en château, entre Bruxelles, Versailles, Vienne, et, en 1785, Moscou. La volupté et la joie de vivre auxquelles, avec une totale insouciance, le prince sacrifie l’essentiel de son énergie et de sa fortune, font de son existence une suite d’éblouissements. »

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Vivre, aimer, écrire, n’accepter que les privilèges.

« A propos de cela je dirai en passant que j’ai eu une fois cinquante-quatre traîneaux à Anvers qui, avec ma musique de régiment habillée à la turque et mes deux würsts aux flambeaux, avaient très bon air. Partout, comme on peut s’en douter, soupers, bals magnifiques, et dix mille personnes qui nous suivaient sur les bords du canal. »

Lettre de Ligne à Casanova à propos de l’Histoire de ma vie réécrit pour lui (c’est « le second manuscrit »), et reprise par Jean-Claude Hauc : « Un Tiers de ce charmant Tome Second, mon Cher ami m’a fait rire, un tiers m’a fait bander, un tiers m’a fait penser. Les deux premiers vous font aimer à la folie, et le dernier vous fait admirer. Vous l’emportez sur Montaigne. C’est le plus grand éloge, selon moi. »

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Prince de Ligne, Mémoires, préface de Chantal Thomas, Mercure de France, 2016, 642 pages

Site du Mercure de France

leslibraires.fr

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