Michel Nedjar, T’Ailleurs pour d’Âmes, créateur de poupées

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copyright Michel Nedjar – courtesy Galerie Christian Berst

Célébré actuellement au LaM (Musée d’art moderne, contemporain et brut de Villeneuve d’Ascq), exposé en 2016 au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (Paris), Michel Nedjar  est désormais un artiste reconnu par l’institution muséale de son pays natal – en Allemagne, en Suisse, en Autriche, aux Etats-Unis sa notoriété est établie depuis longtemps.

Sa très grande singularité a pu inquiéter, effrayer, dérouter, elle est aujourd’hui fêtée comme on redécouvre, après l’avoir refoulée pendant des années, la part magique de notre existence.

Dans un livre d’entretiens avec Françoise Monnin, Michel Nedjar, soixante-dix ans cette année, revient sur les lignes de forces et de failles d’une vie sauvée, recréée, réinventée, rétablie par l’art.

« Je ne me considère pas comme un sculpteur. Ni comme un couturier. Je ne parle pas de couture mais de « coudrage ». Je suis peut-être un créateur de formes. Au début, j’avais honte de dire que je faisais des « poupées » quand les galeries, des gens venaient voir mon travail. J’aurais pu les appeler « sculptures ». Finalement, j’ai voulu imposer « poupées ». Bien sûr, c’est une fabrication de formes. Et la sculpture aujourd’hui, ça peut être tout et n’importe quoi. Mais la poupée relève d’un autre état de chose. Elle vient d’ailleurs. »

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copyright Michel Nedjar – courtesy Galerie Christian Berst

Effectuant ses « coudrages » comme on se jette dans une pratique ascétique/chamanique, le fabricateur souverain cherche à rejoindre par une pratique proche de l’exorcisme permanent la première humanité, créatrice de golems, possédée, ultrapaïenne et divine.

Spontanément animiste, de famille juive, Michel Nedjar, que gouverne l’esprit analogique, a fait de son atelier la première de ses œuvres, sorte de grotte primitive surchargée de talismans et de livres, palimpseste de sa propre vie.

La notion de déchet n’a pour lui aucun sens, qui aime le contact direct avec les matières du monde envisagées sans hiérarchie.

S’imposent dans son travail d’intercession entre les mondes du dedans et dehors, des drôles de présences, des séries étranges, des visages qui sont des rencontres avec le grand Autre.

« Les mots et les images, rassemblés, cousent un destin. Il n’y a pas de hasard. »

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copyright Michel Nedjar – courtesy Galerie Christian Berst

La ritualisation des pratiques (détournements, inversions, déplacements, enveloppements) est une façon de sacraliser chaque objet transformé en être de droit.

En 1996, Michel Nedjar définit ce qu’est pour lui une poupée : « C’est quelque chose d’étrange, c’est quelque chose de l’ombre, c’est quelque chose de la terre, c’est quelque chose de l’origine, c’est quelque chose de la terre, c’est quelque chose de magique, c’est quelque chose de paternel, c’est quelque chose d’interdit, c’est quelque chose de Dieu, c’est quelque chose de lointain, c’est quelque chose sans yeux, c’est quelque chose d’animal, c’est quelque chose d’oiseau, c’est quelque chose de silencieux, c’est quelque chose d’éternel, c’est quelque chose de boue, c’est quelque chose de cailloux, c’est quelque chose de végétal, c’est quelque chose de cruel, c’est quelque chose de l’enfance, c’est quelque chose de la joie, c’est quelque chose de cri, c’est quelque chose de muet. »

De ses séjours innombrables un peu partout sur la planète (Amérique latine, Chine, Australie, Géorgie, île de Pâques, Inde, Singapour, Japon, Pologne, Turquie, Mexique…), le coudreur ramène des matériaux trouvés dans la rue, qui constituent bientôt des « poupées de voyage ». Elles n’ont encore jamais été exposées, mais l’artiste les a données au LaM, sur qui repose désormais la belle charge de les faire connaître.

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copyright Michel Nedjar – courtesy Galerie Christian Berst

Fondateur aux côtés de Madeleine Lommel, Claire Teller et quelques bénévoles de l’association de défense de l’Art brut, L’Aracine, créée après le départ, en 1971, de la collection de Jean Dubuffet pour Lausanne, Michel Nedjmar et ses amis avaient déjà offert en 1999 au musée de Villeneuve-d’Ascq alors dirigé par Joëlle Pijaudier-Cabot les 3500 œuvres de leur collection.

« Au nom du Père, du Fil et de la Sainte-Aiguille. Ainsi coudré, Ainsi soit-il. Hommage au coudrage. »

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Michel Nedjar, Le chantier des consolations, entretiens avec Françoise Monnin, La Bibliothèque des Arts, 2017, 152 pages

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copyright Michel Nedjar – courtesy Galerie Christian Berst

Exposition Michel Nedjar, Introspective, au LaM (Villeneuve d’Ascq), jusqu’au 4 juin 2017

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catalogue de l’exposition Introspective

Aller au LaM

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Depuis plusieurs années, la galerie Christian Berst (Paris) soutient Michel Nedjar. Qu’elle soit ici vivement remerciée pour la transmission des images de ses œuvres.

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