Le Re-Cueillir, une lecture d’images par Françoise Saur et Claudie Hunzinger

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Cette série photographique de Françoise Saur, nommée Le Re-Cueillir, a débuté en octobre 2001 autour des graminées et s’est terminée en octobre 2002 avec la grande prêle.

Entre temps, il y aura eu douze rencontres avec la plasticienne Claudie Hunziger, et la production de trente-et-une images organisées par espèces, en polyptyques.

Le projet initial ne devait comporter que six photographies. Le sujet ? Une artiste dans sa relation à la nature, s’enfonçant dans les forêts, les tourbières, les rochers, aux alentours de son atelier en montagne, pour y récolter les plantes de sa recherche plastique.

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vue d’exposition

« Le premier rendez-vous, empreint d’appréhensions, de séductions, d’interrogations, de mystères, dans un vallon sauvage d’altitude et sous le vent et la pluie, fut une révélation. Il créa la base des rencontres suivantes qui se multiplièrent bien plus que prévu, le temps d’une année entière : force et magie du lieu, attente d’une météo et d’une lumière précise, distance et communion dans la relation. J’y retrouvais la recherche des elfes, trolls et autres êtres fantastiques que je faisais dans les années 80 quand je parcourais la montagne et les plaines en compagnie des enfants, dans une atmosphère de contes de Grimm, qui a donné lui à ma série Lenteur de l’Avenir. » (Françoise Saur)

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« Donc pour commencer, il faut plonger au cœur des choses. C’est une aventure de tout le corps. Souvent il pleut. J’enfonce mes deux bras dans les eaux, dans les herbes, dans les fourrés, je les explore du nez, je les broute des mains, je les goûte des yeux. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« Au tournant, déjà ça commence à sentir. Plus on s’approche, plus ça sent la tourbière, ça sent la sorcière.

L’étang du Devin est entouré de marais, indique la carte IGN. La nuit va tomber. Les carex, leur foule innombrable, dressée, et comme armée de lances, à dix pas de la rive. Précautionneusement, je m’avance dans le liquide noir, en veillant à ne pas le laisser dépasser la hauteur de mes bottes. J’enfonce le bras jusqu’à l’épaule pour aller trancher à l’aveugle, les plantes à la base de leur longue tige, dans la vase. L’eau glacée comme une mâchoire serrée autour de mon bras. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« Sac à dos, bottes. Brumes. Paysage d’aventure. Rencontre avec un renard, nez à nez. Il double de volume et file. Le sous-bois qui mène à l’étang est couvert de lusules, luzula silvatica, cette plante qui ne gèle pas, qui reste verte sous la neige. Feuillage rubané, vert vif, luisant tout l’hiver.

Le soleil disparait dès deux heures de l’après-midi, mais alors l’étang s’illumine de sa propre noirceur. Nuées qui se forment et se défont sans cesse. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« Je m’avance au milieu de la tourbière, c’est délicieux, un peu inquiétant : trop doux. J’entends l’eau circuler dessous. A chaque pas, on semble vouloir me retenir, m’absorber. Si je cours, on court sous moi, on veut me prendre. Si je m’arrête, j’entends sucer.

Lieu saturé de sauvagerie, de sécrétions, de sources. Tout au fond dans les moraines, des mousses, d’innombrables sortes de mousses, quatre parfois sur un seul rocher, avec des formes de grand canapé, de fauteuil, d’oreillers, avec des matières de pubis, de barbes étalées, d’aisselles. Quand on enfonce la main, c’est mouillé. Odeur animale, musquée. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

grande prêle

« Cuisson ce matin de prêles des bois. Cueillies aux alentours d’une énorme bauge, cratère de boue noire. On y sentait les sangliers.

On y respire la préhistoire, les dinosaures, les forêts aquatiques. Toujours aux aguets quand je vais aux prêles, prête à me réfugier dans un arbre. Leurs drôles de forêts miniatures, souvenirs de leurs forêts géantes. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« Remontée au Brézouard, par l’ouest, par le côté des mines de la Renaissance, mines dont les entrées sont toutes obstruées ou cachées sous des troncs renversés. L’eau y affleure, et les tessons, et les petits morceaux de malachite, et les débris de beaux verres à boire, à pastilles, et les haldes des anciennes forges. Une graminée géante, glyceria aquatica, recouvre tout  aujourd’hui, y poussant les pieds dans l’eau, y fleurissant en panicules blonds, plus haut que ma tête. Mes mains les arrachaient avec le bruit d’un mufle qui broute. Sensation d’être dans le tableau, incluse dans le paradis, pas encore chassée. Les fines entailles des feuilles incroyablement coupantes de la glycérie me prouvaient que je ne rêvais pas. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« Récolter les semences de cirses, c’est vouloir attraper des morceaux physiques de langage. Semence verbale que le vent dissémine, logos spermatikos.

J’en ai dans les cheveux, dans les cils, dans le cou, sur les lèvres, j’en avale. Duvet d’un cygne que je n’ai pas à détruire pour le posséder. Il m’envahit de lui-même, gracieusement. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« L’idée de faire un travail réunissant Baruch Spinoza et le prunus spinosa.

J’ai toujours trouvé très amusante la relation phonétique entre le buisson épineux, image d’un monde lardoire, et le nom du philosophe de la joie. A première vue, c’est loufoque, c’est du Roussel, les bandes du vieux billard et les bandes du vieux pillard, mais au fond pas tant que ça. Il faut accepter le lardoire, passer à travers, pour connaître la vraie joie, la joie du tragique dont parle Clément Rousset dans La force majeur. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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« Autour de moi, je sens un combat. Quelque chose donne et quelque chose refuse. On me fiche des épines dans les cuisses. On me fait des croche-pieds. On me griffe les poignets. On me tire les cheveux. Je lève les yeux et je vois les ongles longs, rouges, sortis, des dernières digitales, dirigés vers moi. » (Claudie Hunzinger, extrait de v’herbe)

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vue d’exposition

 Exposition v’herbe, de Claudie Hunzinger, artiste et écrivain, avec la participation de Françoise Saur, photographe – Pôle Média-Culture Edmond Gerrer (Colmar), du 5 avril au 2 septembre 2017

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Exposition Traversées, Françoise Saur, itinérance photographique dans Saint-Dié-des-Vosges, du 25 mars au 13 mai 2017

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