Une saison française, portraits d’adolescents, par Patrice Terraz, photographe

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copyright Patrice Terraz

Issu d’une résidence à Corbeil-Essonnes initiée par le festival L’œil Urbain, Californy est un voyage photographique de Patrice Terraz au pays de la jeunesse de France, vive, multicolore, excessive, mélancolique, indignée, inquiète, sublime de vitalité.

Le premier état de la politique est ainsi le corps lorsqu’il éclate de présence, solaire ou noire, et rentre en contact, ou non, avec l’autre.

« Tu pleures quand tu arrives et tu pleures quand tu pars. C’était la devise de l’équipe de L’œil Urbain lorsqu’ils m’ont accueilli à Corbeil-Essonnes. Je débarquais de Marseille pour entamer une résidence photographique. Cette ville m’a semblé crouler sous le poids de l’ennui. J’ai décidé de la découvrir en portant mon regard sur les jeunes qui y vivent et en occultant les préjugés qui plombent la banlieue. »

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copyright Patrice Terraz

Les jeunes que photographient Patrice Terraz vivent en effet en banlieue.

La banlieue est le lieu du ban, des maudits, des indésirables.

Elle est pourtant, sous l’œil du photographe, un territoire de jouvence.

En banlieue, la vie peut être dure, bien sûr, mais elle est surtout inimaginable pour qui se contente de son écran de télévision et de la voix du maître.

Californy est un champ de batailles, furieuses ou douces, presque pop.

Le mouvement est permanent, les corps, qu’ils se roulent dans l’herbe ou se battent, font de l’espace une scène où déployer la chorégraphie des gestes et des regards.

Tout est action, jusque l’attente, cette stase préparant sa déchirure par le bond dans l’inconnu.

Besoin de peaux, de baisers, de cris, de rires, de conflits, d’expériences.

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copyright Patrice Terraz

Les portables sont là, omniprésents, ce sont des bijoux, des fils d’Ariane, des poisons, des cuirasses.

Le groupe exerce sa violence, sa folie, sa protection.

Il chahute, s’énerve, se referme, s’ouvre, accueille, exclut.

Coups de pieds, coups de foudres, coups tordus.

L’une porte un voile, l’autre pas, quelle différence ?

Besoin d’amour, de fraternité, et de délirer ensemble en se roulant des pelles.

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copyright Patrice Terraz

Les adolescents que photographie Patrice Terraz sont par définition des sursitaires, ce qui les rend terriblement séduisants, n’ayant rien à envier aux skateurs de Larry Clark ou fêtards de Ryan McGinley.

C’est la Californie, c’est la banlieue française, c’est le lycée Robert-Doisneau, c’est la rue, c’est l’enfer et le paradis.

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Patrice Terraz, Californy, éditions Le Bec en l’air, 2017

Le Bec en l’air est aussi l’heureux éditeur du catalogue La Jeunesse en France, commande photographique nationale du ministère de la Culture et de la Communication pilotée par le Centre national des arts plastiques en collaboration avec l’association CéTàVOIR (Sète).

On y retrouve notamment – liste prestigieuse ci-dessous – le regard de Patrice Terraz sur une autre jeunesse, farouche, rétive, fière, magnifique, la jeunesse kanak de Nouvelle-Calédonie – « Ici, le mode de vie est collectif et la tribu passe avant l’individu. Chacun a son rôle et personne ne questionne la place de l’autre, notamment celle du chef. On est « jeune » tant qu’on n’a pas fondé un foyer et, lors des nombreuses cérémonies coutumières, les jeunes parlent peu, car leur parole n’a pas de poids. Ils écoutent et, surtout, ils regardent. »

Les regards sont sombres, mais les couleurs éclatent. L’un porte un tee-shirt sur lequel est reproduit l’affiche du film de Mathieu Kassovitz, L’ordre et la morale, un autre trône auprès du cochon sauvage éventré qu’il a attrapé au piège.

Il y a du feu, des cases, des armes, une végétation luxuriante, l’ocre d’une mine de nickel.

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copyright Patrice Terraz

Auparavant, nous étions en prison avec Klavdij Sluban, dans le Centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis, un antre obscur, un mouroir – série « La jeunesse invisible ».

Stéphane Lavoué, installé à Penmarc’h, montre dans images à la picturalité somptueuse des jeunes du Pays bigouden tels des survivants, ou des renaissants.

Yohanne Lamoulère est à Marseille, Lola Reboud en Corse, Alexandra Pouzet en Quercy et Rouergue, Myr Muratet aux marges du Grand Paris, Gabrielle Duplantier à Bayonne avec des enfants ayant grandi, Marie-Noëlle Boutin dans le Pas-de-Calais rural, Pablo Baquedano dans des night-clubs, Géraldine Millo avec des jeunes filles de lycée professionnel.

Guillaume Herbaut fait la fête avec des superhéros, à Tergnier, en Picardie (tournage d’une websérie d’urban fantasy).

Claudine Doury photographie sur des fonds d’un noir très dense des jeunes issus de milieux défavorisés ayant accédé aux grandes écoles de théâtre.

En noir et blanc, couleur, numérique, argentique, à la chambre, ou dans une pratique plus conceptuelle (Gilles Coulon, Chimène Denneulin), les auteurs de Jeunes-Générations dévoilent autant qu’ils la créent la beauté et diversité des visages d’un pays familier et pourtant essentiellement inconnu.

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Aller vers l’autre, le rencontrer, le regarder, s’ouvrir à lui, ne pas forcément le comprendre, est un projet politique.

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Jeunes-Générations, La Jeunesse en France, photographies de Pablo Baquedano, Marie-Noëlle Boutin, Gilles Coulon, Chimène Denneulin, Claudine Doury, Gabrielle Duplantier, Guillaume Herbaut, Yohanne Lamoulère, Stéphane Lavoué, Géraldine Millo, Myr Muratet, Alexandra Pouzet (et Bruno Almosino), Lola Reboud, Klavdij Sluban, Patrice Terraz, texte de Christian Caujolle, Le Bec en l’air, 2017, 240 pages

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Voyage à prolonger avec le catalogue La France vue d’ici (éditions La Martinière, 2017), chroniqué ici même, où le lecteur/spectateur/contemplateur/rêveur aura le plaisir de poursuivre le compagnonnage avec Alexandra Pouzet, Pablo Baquedano, Géraldine Millo, Yohanne Moulère, Stéphane Lavoué, Patrice Terraz ( !), et plus d’une vingtaine d’autres photographes au regard passionnant.

leslibraires.fr

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