Diana Lui, ambassadrice de l’interculturalité

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copyright Diana Lui

Totem est un livre d’artiste conçu en sept exemplaires par la photographe et plasticienne Diana Lui, comportant chacun huit portraits différents de femmes de Malaisie, accompagnés d’un texte bilingue (français/anglais) donnant des éléments biographiques sur la personne photographiée et précisant l’histoire du costume traditionnel porté par chaque modèle, ainsi qu’un brocart tissé à la main fil par fil par des femmes de Bornéo (Malaisie), soit, pour chaque livre, un ensemble de huit triptyques ouvrant les portes de la perception et de la compréhension.

Chez Diana Lui, le merveilleux n’a rien d’irrationnel. Il est bien au contraire un sommet de réflexion et de culture vivante.

Œuvre empreinte de nostalgie envers « un pays de couleurs, tropical, quitté il y a longtemps, et une enfance heureuse peuplée de femmes magnifiquement habillées durant la saison des fêtes sur fond d’opéra chinois, de chansons de Bollywood et de poèmes malais chantés », Totem est un livre de renaissance par la reconnaissance.

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copyright Diana Lui

« La Malaisie de mon enfance a enflammé mes sens, la vue, l’ouïe, l’odorat, avec le fumet délicieux des currys aux épices piquantes s’échappant des fenêtres voisines. La flore et la faune de Malaisie ont laissé des traces indélébiles dans ma mémoire, par la diversité incroyable de ses animaux endémiques, des arbres, des fleurs et des insectes, en particulier les scarabées multicolores et les papillons comme des orchidées, des oiseaux et des esprits venus d’un autre monde. La Malaisie de mon enfance était douce, paisible et magique comme une berceuse. C’était avant le boom économique des années 1980, le temps de l’innocence, de la cuisine maison et des objets faits main… Un temps qui n’existe plus ou qui disparaît à vue d’œil depuis ma dernière visite en 2015. »

Une résidence d’un an en Malaisie, en collaboration avec les festivals George Town et Obscura Photo à Penang, ainsi qu’avec l’Alliance française de Kuala Lumpur et de Singapour, pour lui permettre d’élaborer son projet/livre Totem, a ouvert à l’artiste la voie d’une réconciliation avec ses racines, y réalisant dans un premier temps treize portraits de femmes malaisiennes d’ethnies différentes illustrant la multiplicité et la richesse d’une culture hautement métissée, incarnée notamment par le port de costumes vernaculaires d’une grande diversité.

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copyright Diana Lui

« Les transformations psychologiques provoquées par le boom économique des années 1980, la crise des années 1990 et le récent crash économique ont laissé des traces sur notre identité nationale et personnelle. Chaque rencontre avec ces femmes fut comme une rencontre avec mon passé, mon présent et mon futur, chacune d’entre elles reflétant la femme que j’aurais pu devenir ou celle que je pourrais devenir. Chaque échange fut intense et déstabilisant, nous engageant à  scruter nos regards et nos histoires, à nous remémorer la Malaisie que nous avions connue, conscientes chacune de nos transformations intérieures et extérieures, et d’être femme dans un monde changeant à grande vitesse… Comme tout jeune pays, la Malaisie aspire à se développer aussi rapidement que les « grands », prenant exemple sur les Etats-Unis, l’Europe de l’Ouest, la Chine et les Émirats arabes. Malheureusement, les arts et la culture tendent à être sacrifiés dans cette course au capitalisme. Le secteur artisanal est le premier à en souffrir et les jeunes générations, séduites par les gains faciles qu’offrent les nouveaux business, tournent le dos aux arts et aux métiers d’artisanat qui requièrent patience, investissement, qualité, créativité et longueur de temps. »

Totem a ainsi été pensé comme un acte d’amour, une façon de témoigner des identités multiples et des arts de la Malaisie, en alertant poétiquement sur la nécessité de leur préservation.

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copyright Diana Lui

Le brocart inséré dans chaque exemplaire du bel objet de couleur bleu Klein est un songket, pièce de tissu traditionnelle, faite de fils d’or, d’argent et de soie, destinée à être portée par les sultans ou offerte à des ambassadeurs importants.

Les textes sont imprimés sur du papier japonais kozo, la reliure est parisienne – travail superbe de Nguon Huynh Nguyen.

Les photographies, comme toujours chez Diana Lui, sont réalisées à la chambre, offrant aux spectateurs la sensation de la volupté du temps.

La conception de la couverture, de la typographie et du texte, est l’œuvre d’un jeune designer talentueux de Malaisie, Oon Soon Lim.

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copyright Diana Lui

Entre la France et la Malaisie, l’artiste tisse un livre d’or  – le gaufrage d’or ornant chaque couverture est effectué par l’un des rares doreurs encore en activité dans la capitale française – qui est une arche d’alliance entre deux peuples invités à se rencontrer.

Le croisement des fils est ainsi symbole d’union, et de fraternités inédites.

La main offre à l’âme une possibilité d’apparition.

Dans son désir de paix, Diana Lui invente des dispositifs sensibles propices aux délices de l’interculturalité.

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Diana Lui, Totem, édition de sept exemplaires, 2015, 61×19.7cm  – « hand-bound triptych (with gold embossed title) using all acid free materials including matt boards, blue canvas, special binding glue and japanese paper, captions are printed on Murakumo Kozo Select paper, 42 gm! – photo 15x19cm: museum quality digital pigment print on Awagami Kozo paper, 110 gm – handwoven songket fabric: black organza silk threads, metallic gold threads  – each triptych comes with a hand-bound booklet with texts by Anne Biroleau-Lemagny (director of the Photography Department of BNF Paris), Laura Fan (Malaysian art critque/historian) & the artist Diana Lui – please note: as the triptych is entirely handmade, it will not be exactly the same as the other triptychs »

L’atelier des tisseuses a pour nom Tanoti à Kuching, Sarawak (île de Bornéo, Malaisie)

La photo choisie en une est de Tanoti

Découvrir davantage Diana Lui

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copyright Diana Lui

Totem est exposé à la galerie Carole Decombe (Paris) dans le cadre de l’exposition collective Des Femmes en Or, du vendredi 19 mai au samedi 17 juin 2017 – vernissage le jeudi 18 mai à partir de 18h30 en présence des artistes Diana Lui, Isabelle Sicart, Helle Damkjaer, Manuela Paul-Cavallier, Armelle Bouchet O’Neill

Galerie Carole Decombe (Paris – Los Angeles)

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