Tempus fugit, tempus jouit, ou l’œuvre carnavalesque de Roland Sénéca

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On n’attrape pas l’Indien Sénéca, graveur pariétal de son état, comme on attrape des mustangs dans un film de John Huston.

Parce que ce diable d’homme fuit de partout, et ne cesse d’échapper à toute tentative de réduction.

Vous l’avez compris, la servitude volontaire n’est pas pour lui.

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Homme fontaine, comme il y a des jouisseuses incontinentes, c’est-à-dire poète à chaque instant, qu’il chemine avant le lever du soleil sur des sentiers finistériens, ou s’enferme de longues heures dans son atelier ouvert aux oiseaux comme à la musique de Beethoven, selon un principe d’amitié mettant à l’unisson le lépidoptère et l’homoncule.

Après Dessins d’à côté et Morceaux pour faire un corps, publiés par les éditions montpelliéraines Fata Morgana, l’artiste complète son polyptique avec Ontologie du jouir, qui n’est pas un traité d’éducation sexuelle, mais une formidable exploration de l’infini turbulent, en poèmes et dessins, soit une suite d’inventions de gestes où la main est moins celle du créateur que de la création elle-même.

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L’envoi est un coup de gong : « La jouissance orgastique est le sujet de ce livre, cette sensation que l’enfant découvre par hasard. Ebranlé des pieds à la tête il n’aura de cesse de comprendre cet éblouissement à nul autre pareil, comme un idiot qui essaierait de rejoindre la ligne d’horizon. »

Prenez un peu de Shakespeare, de Faulkner et de l’homme du sous-sol de Dostoïevski, agitez le bocal avec une bonne dose de Jérôme Bosch et de moine citrouille amer. Vous n’aurez pas Roland Sénéca, c’est impossible, mais quelque chose d’approchant, soit une parole de fond de grotte, d’immense culture et de fraternité rude envers ce qui se meut sous le tapis.

Tout part du corps, troué de langage, et rendu aphasique par la puissance de ce qui surgit comme événement.

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« Ça rend sourd / me disait ma mère. / Je pense à / la maison du sourd / de Goya. »

Dans les rêves de réalité de Roland Sénéca, Il y a des profusions de tétons, des nœuds borroméens qui sont des strangulations de plaisir, des écartèlements exposant des mystères, tout un jeu de cruautés révélant des voluptés insoupçonnées.

Les fossiles ont des yeux, nageant dans la soupe primitive de fantasmes engendrant des fantasmes comme un accouplement sans terme.

Les organes sont en chaleur, les os crient, et le dessinateur de tenter de suivre au galop de l’inspiration tout un peuple des profondeurs réclamant présence.

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Un fémur tire la langue.

Des testicules drolatiques forment une ronde.

Du magma des traits naissent des créatures carnavalesques, Rabelais embrassant Beckett à pleine bouche.

Des pans de la robe de chambre tombent en cascades des petits êtres suppliciés.

Monsieur Guillotin se brosse les dents.

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« Le temps ne s’inscrit plus / sur l’écran de la / débandade. / Seulement l’écoulement / du flux. »

Au cadran de l’horloge, Roland Sénéca a douze ans.

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Enfance retrouvée à volonté, embarquement sur la nef des fous.

Ça s’arrête, ça n’arrête pas, et ça n’arrêtera pas de jouir jusque dans la mort.

C’est réjouissant, non ?

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Roland Sénéca, Ontologie du jouir, éditions Fata Morgana, 2017

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