Désordres d’un lieu et son retour, une ballade de Julien Marchand au fusil photographique

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Désordres d’un lieu et son retour, du photographe Julien Marchand est un song, un songe, un conte cruel du quotidien, un ensemble de drames taciturnes.

Ses images pâles, floues ou parfaitement nettes, sont des indices, des traces, des sensations.

Pas de fil narratif direct, mais des amorces de récits, et la perception d’un danger : des doigts coupés, un cercueil, un oiseau mort, un squelette, du sang.

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La ballade est existentielle, mais aussi onirique, comme le prolongement d’un rêve intranquille dans la banalité des jours.

Il ne s’agit pas pour Julien Marchand de céder à la tentation du sublime, cette démesure terrifiante, mais de documenter un entrelacs de matières et de situations formant le fil invisible de notre identité mouvante, tel un work in progress infini.

On prend le livre à l’envers, fait glisser les images, comme on dévide une bobine.

Les personnages photographiés ne le sont jamais de façon complète, mais toujours fragmentaire.

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C’est un pied, une chevelure, un dos, un corps acéphale au bord de l’eau.

L’élément liquide, solidifié ou non, dialogue avec les végétaux et le dur de la pierre, la ville avec la plus haute nature.

La réalité est une cage dont nous cherchons vainement la clef dans le fouillis de nos vies, mais il y a l’art.

Il y a l’amour, la science, la politique, les mathématiques sévères.

Il y a une carabine posée sur un édredon, une brume d’altitude, l’angle d’un lavabo, une souche d’arbre.

Il y a des balles perdues, et des photos égarées qui sont filles de mémoire.

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Julien Marchand fait de la ruine l’un des instants d’une construction plus fondamentale – cela s’appelle une vie -, ne se réjouissant,  ni de ce qui s’effondre, ni de ce qui persiste.

La beauté soulage, elle peut être aussi une séductrice fatale.

Mais Désordres d’un lieu et son retour n’est pas qu’un livre d’images, c’est aussi une composition de mots, entre prose haletante, tendue, et poésie ourlée, frangée de blancs et de respirations silencieuses.

Voici l’un : « ils tu fermes instinctivement les yeux et des centaines de points lumineux dansent comme sur un rideau noir, ils brûlent comme s’ils étaient à l’intérieur de ton crâne, ils tombent et crépitent comme des flocons chargés d’électricité, tu attends ainsi qu’ils aient fini de tomber pour regarder de nouveau, ça brûle mais c’est une sensation agréable, soudain tu as peur de la nuit, tu ne veux plus que les flocons s’arrêtent de tomber et que les lumières disparaissent et que tout s’éteigne brusquement, alors tu ouvres les yeux et regardes encore une fois le soleil »

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Voici l’autre : « ce point rouge, écœuré, le reflux des voix, on en vient à vomir les peaux serrées des maisons, là où les autres viennent se tenir les mains, on en vient à oublier jusqu’au sang, on a déjà quitté la marge, le soir, on ne peut pas vivre ici, dans la fumée les branches se détachent, on est là où il n’y a plus rien, rongeant l’anxiété, jetant les habits au feu, on retourne nus dans la séparation, chacun dans l’autre effaçant son retour »

Et si chaque image est une étape sur un chemin de vérité, les prochains désordres de Julien Marchand sont attendus comme autant de points de lumières, même noirs.

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Julien Marchand, Désordres d’un lieu et son retour, Zoème Editions, 2017

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