Dakar, ville de silence et d’inconnu, par Emmanuelle Andrianjafy, photographe

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
Courtesy the artist and MACK

C’est un livre dont l’élégance graphique et la hauteur poétique sautent aux yeux.

Nothing’s In Vain, de la photographe malgache Emmanuelle Andrianjafy est une ode à Dakar, capitale du Sénégal, cite mystérieuse et entêtante, traversée, l’appareil à la main, en une journée, telle une longue balade dans un monde flottant, terriblement physique, mais aussi presque vide dans le regard de la promeneuse.

Alternant, en noir/blanc et couleur, scènes de rue, portraits, paysages urbains ou naturels, traces diverses, indices posés sur le sol ou les murs, Nothing’s in Vain est moins une enquête sur la structure d’un labyrinthe africain, qu’un instrument de navigation rétrospectif en territoire inconnu.

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
Courtesy the artist and MACK

L’énigme de la ville est avant tout métaphysique. C’est un silence intérieur peuplé de troubles et d’une succession de douces illuminations.

Nothing’s in Vain, qui a remporté le Prix MACK First Book Award 2017, est un livre superbement édité, du rabat de la couverture à la dernière pleine page, où la ville vue du ciel, frangée de langues de mer, est un spectacle fascinant. Les rues sont denses, très habitées, vulnérables à la montée des eaux, soumises à la volonté de Dieu, qu’une mosquée des sables représente, non loin des pirogues prêtes à prendre le large.

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
Courtesy the artist and MACK

Rythmé comme un chorus de jazz, ou les lyrics d’un rappeur cognant les tympans de son incessant flux de mots, cet ouvrage offre une composition extrêmement dynamique, entre flou et netteté, variation des échelles de photographies, places de celles-ci sur la ou les pages, présence ou non d’une bordure de blanc, variations de gris et de couleurs.

Impression d’un grand calme malgré la fièvre de la ville.

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
Courtesy the artist and MACK

Impression d’un danger, presque d’un rejet parfois, ou d’une fraternité difficile.

Emmanuelle Andrianjafy construit une fresque où le regardeur est regardé, et où la ville impose une présence opaque, inquiétante, indéchiffrable, taciturne malgré le bruit ambiant.

Livre hybride, composite, multiple, très stimulant pour la pensée, et vibrant d’une sensibilité sans sentimentalisme, Nothing’s in Vain n’est pas un reportage, mais une méditation muette sur la beauté et l’étrangeté d’être là, sur une planète lointaine, dans une Afrique insaisissable par la prolifération inattendue de ses formes de vie et son immense diversité.

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
Courtesy the artist and MACK

A Dakar, on pêche, on court, on attend, on prie, on construit, on se pomponne, on danse, on pleure, on commerce, on marche, on dort, et l’on tente de réinventer, de chaos en cahots, cahin-caha, les règles d’une démocratie impossible.

Il y a des déchets, des gravats, sur la plage ou dans les rues, et, loin du cliché d’une Afrique insouciante, beaucoup de gravité dans les visages et les regards.

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, texte (anglais/français) d’Emilie Oyen, MACK (Londres), 2017

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
Courtesy the artist and MACK

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Emmanuelle Andrianjafy, Nothing’s in Vain, 2017.
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