Arnaud Le Vac, maître du temps

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On ne part pas, d’Arnaud Le Vac, est un objet précieux, livre inattendu que l’on ouvre sur la table de travail au moment où Mossoul tombe, où les vertébrés s’éteignent un peu plus et où le juge Lambert met fin à ses jours.

Opuscule sur le temps composé de réflexions en vers libres, le bel ouvrage du fondateur de la revue numérique Le sac du Semeur est une étude en apesanteur sur la disponibilité, l’être, le néant, et la littérature comme liberté.

De nature héraclitéenne, On ne part pas dispose sur la page des fragments, qui sont des totalités, de quelques mots parfois.

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Ecouter un disque, regarder une peinture, naviguer dans la bibliothèque avec les meilleurs auteurs (Homère, Dante, Shakespeare, Pascal, Chateaubriand, Hölderlin, Ducasse, Poe) est une façon d’ouvrir l’espace au sans limites qui le constitue, quand « L’ère planétaire / est un néant permanent. »

Savoir peupler sa solitude, voilà l’enjeu, qui est baudelairien (Le Spleen de Paris est cité en exergue), et concerne intimement qui cherche « l’ouverture sans précédent », en voix, en lettres, en corps.

« Souffle suspendu au silence. / Respiration en musique. / Le temps veille sur nous. »

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Eloge de l’infini est nom de code pour les amis de Philippe Sollers et Marcelin Pleynet, dont on comprend qu’Arnaud Le Vac a médité les œuvres. Triade L’Eclaircie, Le propre du temps, Une Vie divine, ou L’étendue musicale, Les Voyageurs du temps, Le Pontos, à chacun de trouver sa martingale.

Rimbaud : « Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! chevalet féérique ! Hourra pour l’œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois ! »

Arnaud Le Vac : « Etre absent pour être / présent / et présent pour être / absent. »

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Etre là, pleinement, c’est-à-dire ici et maintenant et autrefois et partout ailleurs, dans un rire asocial, dégagé, qui est un art de vivre.

Aucun manque, mais la gratuité à profusion, un chemin de chance, des faveurs, des passages.

Cœur baigné d’écriture véritable, de sang qui est pensée.

Hommage au De rerum natura de Lucrèce, On ne part pas est une proposition d’ataraxie.

« Vous vous attendez à tout : / l’essentiel vous parle. / Rien de plus étonnant. »

Et retourner le rien de la dévastation en sans pourquoi de félicité, fraîcheur d’un destin.

On ne part pas ne se trouve peut-être pas facilement en libraire, tant mieux, à vous de jouer.

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Arnaud Le Vac, On ne part pas, Editions du Cygne, 2017, 56 pages

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Le sac du semeur

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