Libera me Domine, par Christophe Manon et Frédéric D. Oberland

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C’est un astre d’un noir de bitume.

C’est un fond de nuit où s’inscrivent mots et photos, qui sont des poèmes, des fragments, des syncopes.

C’est un trouble, un charme, un voyage au royaume d’Hadès, où Perséphone est une belle femme nue.

C’est un temps de tempête.

Publié par l’excellente maison d’édition Les Inaperçus, Jours redoutables est un duo : Christophe Manon pour le verbe, Frédéric D. Oberland pour l’image.

Dans la tradition médiévale, le Dies irae (jour de colère) est un chant liturgique à la tonalité de fin du monde, de Jugement dernier.

Le corps serait-il coupable de jouissance ?

En noir et blanc, une forme humaine, un sorcier, Macbeth, fait lever le feu. Le grain de l’image est somptueux, composé d’éclairs et d’évanouissements. C’est un éparpillement de points de graphite.

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« on s’éveille un peu las comme si l’on n’était plus qu’une clope à moitié consumée quelque chose semble-t-il s’est brisé dans la nuit – que reste-t-il alors ? l’usure d’une carcasse qu’aucune main ne saurait ravauder la chair qui peu à peu se relâche et s’amollit des souvenirs d’événement qui n’ont peut-être pas eu lieu des visages dont le dessin s’efface l’esprit qui s’alourdit qu’on abrutit aussi la trop vaste liste des erreurs commises et des espoirs déçus semblables aux vestiges d’un rêve endolori »

Des blessures, des plaies, « l’effroi d’être là », seul, écrivant muet, mots égarés qui peinent à trouer le noir.

Phrases qui ne s’achèvent pas, « L’urgence du soir nulle. »

« Joie pleine de grâce et de. »

Fatalité des errants vibrants. Tiens, en voilà un, là-bas, au lointain de l’image, survivant des brumes, comme un fragile excès de nuée.

On crache de la cendre, on crache des colonnes vertébrales, on crache des arbres.

Affalée en pleine rue, une vache, poids du savoir parmi les rigoles de pisse et les palais déchus.

Jours redoutables est un chant composé d’inachèvements, et de craquelures.

Plein de cuisses féminines ouvertes sur un bosquet de nuit. On fait halte, on joue à se mal entendre, on se loue pour quelques heures dans le tumulte.

Un chien rôde.

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« qu’ils sachent qu’on ne s’est pas renié la lutte n’est pas vaine qu’on a persévéré sur le sentier des brusques solitudes et des amours incandescents qu’on a laissé couler malgré le petit tas de cendre le mince filet du doute »

Nocturnes d’images jusqu’à l’effacement de soi, grisé, particule d’eau dans l’eau.

Sturm und drang et tee-shirt déchiré.

Sur la page tournée, lourde comme un limon, les doigts laissent une empreinte, chemin des yeux dans le chemin des mots et du donné visible échappé.

Désordre des caresses, s’enfoncer dans la glaise, courir après une ombre.

« Si frêles dans la tourmente si. »

Ton crâne rit, cher Christophe.

Vos immeubles ont la tête à l’envers, cher Frédéric D. Oberland.

L’Inde est en crue, tout déborde.

« tout cela toutefois est d’une grande beauté »

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Christophe Manon et Frédéric D. Oberland, Jours redoutables, éditions Les Inaperçus

Site de Frédéric D. Oberland

Découvrir Les Inaperçus

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