Le corbeau, le clochard, l’écriture, Dieu, par Jean-Marie Kerwich

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« Je ne suis pas un écrivain, juste le secrétaire de Dieu qui dicta sa pensée. »

Auteur entre 1997 et 2008 de trois livres remarqués (Les Jours simples, L’ange qui boite, L’Evangile du gitan), le poète gitan Jean-Marie Kerwich publie aujourd’hui, sous les auspices fidèles du Mercure de France, Le livre errant.

Livre de peu, livre de tout – un seul paragraphe par page, un seul bloc, une seule roche tombée de la bouche – Le livre errant est un psautier, une prière, une louange.

« Le livre errant doit consigner les propos des rejetés. La petite herbe qui sort du béton, le clochard qui se fait chauffer une boîte de haricots sur le rebord d’un mur. Un infortuné caché sous une couverture, près d’une vieille valise où il a plié sa vie en quatre. Une poubelle sur le couvercle de laquelle gît une photo de Bernadette Soubirous qui ressemble à une gitane que j’ai connue. Au coin d’une rue de banlieue, une paire de chaussures d’un tout-petit de couleur rose, si belle qu’on pourrait presque la mettre dans un vase de cristal. Je jette un dernier regard sur cet enfant invisible, je souris aux petites groseilles roses de ses orteils et je les mets dans mon poème. »

Quel est le sens de la musique ? Pourquoi jouer du violon ? Pourquoi écrire ?

Poésie est âme, feu, souffle, transparence, effacement.

Scribe de Dieu, Jean-Marie Kerwich, poète athée de cent vingt kilos, écrit avec du blanc.

Posé sur un banc, feuilles levées par le vent, Le livre errant, invente, vagabond, un chant de résurrection pour un monde-enfant battu sans pitié depuis au moins deux mille ans.

« Ma révolte est dans mon chant. Il y a trois arbres angoissés en face de moi. Ils ondulent et je sens leur cœur malade battre dans la paix de la nuit. Ils ont enlevé les pavés de la rue pour refaire la canalisation. La terre respire comme un pauvre taulard à qui l’on donne quinze minutes de ciel à contempler. »

Rimbaud est dans le caniveau, ou juché sur une palette de bois visitée par des rats, au milieu des poubelles, loque de ciel, Guignol Rom, jambes écartées, impudique comme une fille de misère.

L’angoisse tord le ventre, les yeux, les mains, que la page blanche rayée de noir rectifie, redresse, rétablit, et s’éloigne la peur de mourir loin de soi, loin des seins noirs des belles endormies dans le toboggan des rides.

« On ne se rend compte de rien quand la misère vous fait un peu de semoule de lait. Mais bientôt un pont géant reliera l’Amérique à l’Europe et je ne veux pas voir ça. »

Les bûchers de Bénarès plutôt que la maison de retraite, la violence de la mer plutôt que le sable des vacanciers et le bonheur vulgaire.

Le rhum, le vin, la guitare, la poésie plutôt que la laideur, le froid, l’ennui, l’abandon.

L’enfant n’a pas besoin de jouer au poète, il vit, pousse, rugit, écrit en bougeant.

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C’est l’authenticité des nomades, des illettrés et des voleurs de feu.

« Je n’aime pas l’Europe, cette belle dentelle qui traîne dans une vieille poubelle. On vient au Louvre pour voir s’ennuyer les antiquités égyptiennes. La belle liturgie occitane, à croire que Dieu ne s’est jamais rasé. »

Poète de nécessité, le gitan célèbre dans son chant la fraternité des volcans et le soulèvement des arbres déchirant le macadam.

Le livre errant va, vient, disparaît, s’oublie, danse sur les cendres de l’Occident.

« Je veux être porté par quatre gros clodos au cimetière des indigents. »

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Jean-Marie Kerwich, Le livre errant, Le Mercure de France, 2017, 94p – en librairie le 3 avril 2017

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