Le vieil homme et la mer, d’Ernest Hemingway, une redécouverte

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Le vieil homme et la mer est le dernier roman publié de son vivant en 1952 par l’écrivain américain Ernest Hemingway.

Nous en étions restés à l’idée d’une lecture de jeunesse de bonne tenue mais plutôt facile, faite dans la foulée de celles de La Perle de John Steinbeck et de La Symphonie pastorale d’André Gide, qui est certes d’un autre tonneau. Les éditions Gallimard nous offrent aujourd’hui la chance de réviser nos classiques, par la grâce d’une nouvelle traduction de ce récit allégorique effectuée par Philippe Jaworski, soixante-cinq ans après la version de Jean Dutourd connue de tous.

Le vieil homme et la mer est une histoire de pêche miraculeuse et de malheur, de malchance et de faveur, un apologue évangélique où l’orgueil conduit à l’humilité et la misère en considérations sur la solitude et l’entraide.

« Mais l’homme n’est pas fait pour être vaincu, dit-il. L’homme peut être détruit mais pas vaincu. »

L’action se déroule à Cuba auprès de Santiago, pêcheur momentanément abandonné de Dieu, ami du jeune Manolin, complice de ses vieux jours.

A la faveur d’un combat épique contre un marlin gigantesque, tombé sous le charme d’une sardine fratricide, Santiago découvre avec douleur le sens d’une chasse l’ayant mené aux frontières extrêmes de lui-même.

La souffrance physique est considérable, christique (références à la Passion du Christ) et la pêche, à coups de gourdin, hameçons, harpon, couteau, une véritable tuerie : dorades, poissons volants, bonites, requins laissent dans le Gulf Stream une immense traînée de sang atroce et lyrique.

Hemingway - Le vieil homme et la-mer(film d'aniamtion)

L’acte de mise à mort est un geste sacré/sacrilège, une pointe d’absolu – Hemingway a lu et médité Melville.

La force de la main sauve autant qu’elle damne. Elle est celle du joueur de base-ball DiMaggio propulsant ses balles à des vitesses inouïes, ou celle du pêcheur, figée dans une crampe d’étranglement.

Hemingway construit une tragédie où la mer est un théâtre de ténèbres et de lumières, une étendue profonde échappant au règne du calcul dévorant, où les oiseaux transportent dans leur vol l’odeur puissante de l’Afrique.

Passe une physalie phosphorescente dont le poison corrode les mains.

« Tu vas me tuer, poisson, pensa le vieil homme. Mais c’est ton droit. Je n’ai jamais rien vu de plus grand, de plus beau, de plus calme et de plus noble que toi, mon frère. Approche donc et tue-moi. Peu importe qui tue qui. »

Les dialogues sont brefs, précis, sans gras, objectifs. Le vocabulaire est simple, et les mots maintes fois répétés créent la structure d’une obsession. Les monologues incessants du forçat Santiago El Campion, se parlant, parlant aux poissons, entraînent le lecteur aux marges d’une raison tentant de contrôler l’appel du désespoir, ou de la folie.

Récit initiatique, Le vieil homme et la mer est un grand livre sur la condition humaine, une abstraction métaphysique terriblement incarnée, déchirée, blessée.

Sujet pour les vacances : « D’Ernest Hemingway à Erri de Luca, quels liens possibles ? »

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Ernest Hemingway, Le vieil Homme et la mer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préfacé par Philippe Jaworski, éditions Gallimard, 2017, 144 pages

Editions Gallimard

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