L’enfant de la terre et du ciel étoilé, Simon Liberati aux sources de l’inspiration

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« Dans la vie, il y a eu l’amour, le suicide, la drogue et l’écriture. Tout le reste est du remplissage. Pas d’enfant, pas de famille. La merveille, c’est qu’il devient de plus en plus difficile de penser ainsi, l’air se raréfie. »

Sous-titré entre parenthèses Mnémosyne, déesse titane (la Mémoire) ayant enfanté les neuf Muses, Les rameaux noirs de Simon Liberati est un livre épatant, profond, vrai, sans aucune sournoiserie, très cultivé – nourri de pensée gréco-latine, ainsi que d’une connaissance intime des écrivains décadentistes.

Hommage au père, écrivain aujourd’hui nonagénaire (Vieux capitaine) ayant appartenu au dernier cercle des surréalistes se réunissant autour du mage Breton, ami d’Aragon et du démonisme, converti au catholicisme par un prêtre janséniste, lecteur de Dickens et de Tolstoï, Les rameaux noirs est un journal, un établi ouvert, un carnet de notes gorgé de réflexions sur l’enfance et l’orphisme, interrogeant la vocation littéraire de son auteur à 42 ans (merci au chien Négus), peintre et journaliste forcené, avant que de signer neuf livres (Anthologie des apparitions, nada exist, L’hyper Justine, Jayne Mansfield, le passionnant et très méconnu 113 études de littérature romantique), la solitude du créateur (armé de drogues), les rencontres de nécessité et l’importance cardinale de l’être aimé (Eva en griffures ou au coin du feu).

« Plus tard dans la nuit, vers trois ou quatre heures du matin. Eva anxieuse me demande de la prendre dans mes bras et de lui gratter le dos comme un animal pour la rassurer. J’ai vu des singes faire la même chose, un vieux remède de primate antérieur à tous les cultes. »

Puis, cet éloge : « A l’époque, j’ai été frappé par les cuisses d’Eva, nues, blanches, grasses comme celles de Natascha Kampusch. »

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Grand amateur du journal de Paul Léautaud (la noyade consciente dans la routine des jours / l’avancée dans les descriptions et les découvertes), Simon Liberati s’interroge constamment dans ce livre, une nouvelle fois de nature autobiographique (lire aussi chez Stock Les violettes de l’avenue Foch), sur les thèmes de l’inspiration et de l’imitation, laissant voyager l’esprit au gré d’une bibliothèque abondante et rare (Marcel Schwob, Lucien, Erwin Rhodes, Michel Carrouges, T.S. Eliot, Virgile, Pierre Klossowski, Platon, André Chénier, Maurras, Verlaine, Oscar Wilde, les poètes du Grand Jeu, Faguet, Joseph de Maistre, Sade, Sainte-Beuve, André Suarès, Rolland de Renéville, Jean de Tinan, Jean-Pierre Vernant, William Burroughs, Thassilo von Scheffer).

Pensé comme l’embryon d’une œuvre à venir (les tisons remués avant le feu du futur Occident ?), Les rameaux noirs – titre tiré d’un vers du pythagoricien instinctif Gérard de Nerval – est aussi, pour l’auteur de 57 ans, manière d’affronter la mort, celle du père, probable, celle du prince Alain, le petit frère aîné décédé avant sa naissance.

Catholique sincère (la passion des rires), ayant « la foi du charbonnier », Simon Liberati croit en la sagesse des Anciens, et à la force merveilleuse des racines chrétiennes de l’Occident : « La contre-culture est dans les bibliothèques. (…) La fin d’un monde entraînera quelques éclaireurs à préparer l’autre. Je ne suis qu’un décadent de la dernière heure, un brocanteur de souvenirs, un petit pilleur de tombes, mais d’autres viendront qui éclaireront tout ça. »

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Entre le Satyricon de Pétrone, et la référence inattendue à Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée, le grand ami de Jean-Jacques Schuhl (Rose poussière, Ingrid Caven, Entrée des fantômes, Obsessions : Nouvelles) et de l’illustrateur Pierre Le-Tan invente un chemin de pensée, guidé par les Grands Transparents, ces entités invisibles maîtresses du cours de notre vie.

Depuis qu’il est porteur d’une sainte furor de création, Simon Liberati opère à cœur ouvert une catabase vécue comme une traversée de sa propre vie/mort, réinventée par l’enthousiasme du romancier transformant le souffle des mots en poids de chair.

« C’est là, père excellent, que tu me laisses à mes lassitudes… » (Virgile, l’Enéide, chant III).

La mort rôde, mais, parole de grand-mère, pas tant qu’on rira « comme des surréalistes ».

Confidence importante, si vous croisez un jour l’auteur du terrible California Girls (l’affaire Manson et le meurtre de Sharon Tate): « Lorsque je parle de littérature avec quelqu’un et que la conversation « prend », c’est-à-dire que les idées se partagent, des opinions se rejoignent, j’ai envie de me jeter sur le personnage assis en face de mi pour je ne sais quelle caresse obscène ou pour le mordre. Il s’agit de flashs très brefs, très violents qui peuvent survenir plusieurs fois, sans trop d’effet. Le phénomène dure peu de temps et disparaît. Il peut tout toutefois revenir à plusieurs reprises dans la conversation. »

A bon entendeur – – –

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Simon Liberati, Les rameaux noirs, éditions Stock, 2017, 386 pages

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Lire dans L’Intervalle l’entretien avec Simon Liberati à propos de California Girls

 

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