Le sang veut du sang, ou la Première Guerre mondiale, par August Hermann Zeiz

 

guerre

Bien sûr, on préférerait ne plus en parler, mais, puisque c’est tous les jours Alep et Lampedusa, les montagnes de cadavres, comment ne pas continuer à témoigner du premier massacre de dimension industrielle de notre histoire, dont l’ombre portée semble ne pas vouloir finir ?

La Der des Ders était une première, et nous vivons toujours dans l’odeur et le spectacle des charniers.

Paru en 1918, Tanz um den Tod (Danse autour de la mort), du très méconnu August Hermann Zeiz ne fut redécouvert en Allemagne que récemment.

Les éditions La dernière goutte nous offrent aujourd’hui la possibilité de lire ce texte à la fois sec et expressionniste, complété de quelques pages tirées des deux premières années du journal de guerre par lettres de l’auteur autrichien.

Construit en trois temps forts (les combats en Flandres, en Serbie et à Verdun) mettant en scène le maréchal des logis Dietrich Vorhofen, Danse autour de la mort est une succession de tableaux composés de phrases vives, rapides, parfois nominales (« Plus loin. Au trot. », « Un factionnaire à un portail. », « A Gauche, un fossé à franchir. », « Crissements de verre. », « Feu ! Feu ! », « Faut qu’je pisse. »), montrant sans pathos la guerre en son travail, l’attente, la violence, l’absurde, les suppliques des agonisants.

On entend des voix (« Enfumez-les jusqu’au trognon, ces salauds ! », « Les hommes à la soupe ! », « Quoi donc, mon p’tit père ? »), les chapitres, brefs, s’enchaînent à belle allure (galopade), des hommes tombent, morts, enveloppés, enterrés. Pas de temps pour la douleur, il faut, sainte barbe priez pour nous, repartir.

« Un cadavre gît près de la chapelle. Un corps déchiqueté. Un obus a projeté les intestins un peu plus loin. Ils pendent à un arbrisseau. »

L’œil du journaliste-écrivain Zeiz est ici précieux, révélant ce qu’on préfère généralement taire, par exemple les relations sexuelles entre occupants et occupées – miaulement des mines et des corps affamés de vie.

« Alida le regarde. Ses yeux sont deux grandes lumières apeurées. Mais son corps tolère l’assaut de ses caresses. »

La traversée des Balkans est « un morceau de bravoure » (Nicolas Beaupré). Fumée du train, mendiants, enfants et paysannes, attendant sur le sol gelé le passage de la troupe, sang qui cogne les tempes, canon dressé des enfoirés, tueries diverses, fièvre, pluie, boue, c’est bientôt Pâques.

Hommes charognes.

« Un officier serbe tué est couché dans un champ de maïs en bordure de la route. Les pies ont dévoré son visage et becqueté ses yeux. »

Ou : « La mienne a embroché la gorge d’un gars. Il a crié ! « Maman ! » Là, mon cœur s’est emballé. »

La Première Guerre mondiale, moderner Totentanz, caresse atroce d’une baïonnette, n’aura eu d’héroïque que l’anéantissement de ses commanditaires.

Deus afflavit et dissipati sunt.

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August Hermann Zeiz, Danse autour de la mort, traduit de l’allemand par Martine Rémon, préface de Nicolas Beaupré, éditions La dernière goutte, 2016, 160p

Vous pouvez aussi me lire en consultant les pages de la revue numérique indépendante Le Poulailler

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