L’amour des hommes perdus, par Laure Samama

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En 2006 paraissait aux éditions Gallimard un livre consacré à la recherche de paix intérieure et à l’adoration mystique, La vie parfaite : Jeanne Guyon, Simone Weil, Etty Hillesum, de l’écrivain et psychanalyste Catherine Millot.

En 2011 paraissait aux éditions de Minuit un livre court, effrayant, froidement brutal, Ce que j’appelle oubli, de Laurent Mauvignier, récit du tabassage à mort d’un chapardeur de bières dans un supermarché par des vigiles déchaînés. L’affaire avait eu lieu à Lyon en 2009.

Aujourd’hui paraît Ce qu’on appelle aimer, de l’écrivain, photographe, architecte et enseignante, Laure Samama, récit d’une histoire d’amour de six semaines, aussi inoubliable, parfaite, que violente et douloureuse.

Une femme raconte. Le ton est presque celui d’une adolescente, c’est la voix d’une amoureuse : « Je pose mon visage dans le creux de ton cou. »

La relation est adultérine, le bel amant aux doigts de velours, aux caresses précises et puissantes, n’est pas libre, une épouse l’attend au port, pas si loin de Lyon.

Talons hauts, bas, restaurant, frôlements, vin qui coule.

Fuite, pleurs, déchirures, paroles qui tranchent : « Emmanuelle, c’est plus compliqué que tu ne crois. »

Entrecoupés d’images – ce sont des témoins, des photophores, des preuves, pour ne pas douter totalement de ce qui a été vécu – Ce qu’on appelle aimer est paradoxalement un de profundis : « Dès le premier jour j’ai photographié les vestiges de notre histoire. J’avais l’intuition qu’elle ne serait que cendres, lumières arrêtées, vêtements échoués. Nos étreintes s’arrêteraient bientôt. »

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Une chaise : le premier baiser.

Un soutien-gorge sur le parquet flottant : la première étreinte.

Un squelette pendu lors d’une fête populaire : une rupture.

Il fallait tenter, au moins une fois, par le don total de soi, de conjurer la malédiction du premier homme, un salaud, un violeur.

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Les chapitres sont brefs, parfois de quelques mots, des sanglots étouffés, des poèmes de rien, disant la banalité et la force troublante des amours déçues, telle une façon de se tenir debout dans l’abîme.

La couverture du livre est verte, énigmatique d’abord, offrant l’image d’une fleur ouverte, pavillon d’un phonographe valant manifeste : vous pouvez écouter ce que vous lisez.

Le désir féminin se dit en mots crus, impudiques, authentiques, troublants et légers : « Je prenais tout l’amour qu’il me donnait et je ronronnais sous sa main. Je frottais mon visage, mes fesses, mon ventre. Je soulevais mon t-shirt et mettais la peau de mon ventre contre la sienne. J’avais déboutonné très vite les boutons de sa chemise. Souvent je portais des robes pour que ses mains ne rencontrent aucun obstacle. Je déplorais que les hommes n’en portent pas. »

Plus loin : « Il fouillait dans mon corps comme on fouille une terre, une rivière, un étang. Une fois mon souffle apaisé, il reprenait. Ses doigts s’enfonçaient. Profondément. Plus rarement son sexe. Je ne savais pas exactement ce qu’il faisait. Il les faisait tourner, s’écarter, frotter. Il les ressortait pour en ajouter un de plus. Je n’étais pas sûre du corolaire entre la puissance du plaisir et le nombre de doigts introduits. »

Pouvant très bien se prêter à un travail théâtral, souhaitons que ce beau livre de plumes et de larmes saura toucher un comédien éclairé.

Aimer : offrir ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ?

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Laure Samama, Ce qu’on appelle aimer, Arnaud Bizalion éditeur, 2016

Site de Laure Samama

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Arnaud Bizalion éditeur

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